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Chanceliers de France

(Illustration : portrait de Pierre Séguier, Chancelier)

Le Chancelier de France, Garde des Sceaux, fut longtemps le bras droit du roi pour l’administration du pays. L’étendue de ses compétences et l’importance de son rôle, en font l’ancêtre du Premier Ministre actuel plutôt que celui du seul ministre de la Justice.

Plusieurs personnalités liées directement ou indirectement au Donziais ont exercé cette charge. Nous avons déjà rencontré l’un d’eux : Guillaume Jouvenel des Ursins, seigneur de la Motte-Josserand et autres lieux. Nous voulons évoquer ici sept autres titulaires de cette haute fonction, que nous présentons dans l’ordre chronologique.

Sous Philippe Le Bel, au début du XIVème siècle, on trouve successivement comme chanceliers trois évêques d’Auxerre, ce qui confirme l’importance de ce siège épiscopal dont notre baronnie relevait féodalement.

Pierre de Mornay, chanoine puis évêque d’Orléans en 1288, et d’Auxerre en 1295, fut nommé Chancelier en 1304. Il exerça cette fonction en même temps que sa charge épiscopale, jusqu’à sa mort en 1306. Il appartenait à une famille chevaleresque de l’Orléanais implantée ensuite en Donziais : voir notamment les notices concernant Boisjardin, et les Barres à Sainpuits. Il eut un rôle politique important au service du roi dans son conflit avec les papes successifs.

Pierre de Grez, chanoine de Chartres puis chantre à Paris, lui succéda comme Chancelier et fut nommé évêque d’Auxerre en 1308. Son père : Jean de Corbeil, apparenté au puissant Enguerrand de Marigny, était maréchal de France. Pierre avait la réputation d’être un habile canoniste. Sa famille, très présente à la cour et à la guerre, comptait à cette  époque plusieurs prélats.

                                         

Auxerre, l’ancien évêché

Pierre de Belleperche, lui aussi chanoine de Chartres, puis doyen à Paris, lui succéda et fut nommé évêque d’Auxerre la même année par le pape français Clément V. Il était issu d’une famille de chevaliers du Bourbonnais, les Breschard, né vers 1280 au château de Villars. Erudit en droit – ce qui est indiqué pour un Garde des Sceaux – professeur à Orléans, on l’appelait le « roi des Légistes ».

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La Guerre de Cent Ans ayant bouleversé la vie du royaume et divisé ses élites, l’un de nos chanceliers crut devoir servir « Henri VI, roi de France et d’Angleterre ».

Jean Le Clerc, nommé en 1420, était un laïc issu d’une famille de la bourgeoisie judiciaire anoblie. C’était un nivernais dont nous avons rencontré la famille beaucoup plus tard en plusieurs sites, notamment dans la région d’Entrains : Château-du-Bois, Miniers. Nous avons proposé une généalogie de cette branche (voir : Notices familiales), et Dugenne consacre plusieurs pages de son dictionnaire à cette lignée prolifique très présente en Auxerrois.

Né vers 1360, il était fils d’un autre Jean, secrétaire et notaire des rois Jean II le Bon et Charles V, devenu procureur général et conseiller du duc Philippe le Hardi. Des généalogistes, dont Villenaut et Dugenne, le disent « seigneur de Saint-Sauveur-en-Puisaye ». Cela paraît improbable s’agissant d’un château comtal et d’une châtellenie rattachée à la baronnie de Donzy, qui ne fut cédée par Henriette de Clèves, duchesse de Nevers, à un seigneur particulier qu’au début du XVIIème siècle. Sans doute en était-il plutôt le gardien pour les comtes de Nevers de la Maison de Bourgogne, en qualité de « châtelain », ou peut-être « engagiste » c’est-à-dire prêteur du comte.

Quoiqu’il en soit son fils Jean II eut une très belle carrière : conseiller au Parlement, maître des requêtes, ambassadeur auprès du roi d’Angleterre, Premier Président, il accéda à la fonction de Chancelier en 1420, nommé par la reine Isabeau de Bavière. Il exerça la fonction pendant quatre ans dans une période-clef pour le pays, mais paraît avoir constamment adopté une position favorable au camp anglo-bourguignon, répondant aux attentes duc de Bedford, régent. C’est ainsi qu’étant « président du conseil royal » es-qualité après la mort de Charles VI, il proposa expressément de reconnaître Henri VI comme roi de France.

A l’avènement du dauphin Charles il se retira à Nevers, dans son hôtel de la rue des Ardillers – passé ensuite aux Brisson et aux La Chasseigne que nous connaissons – où il mourut en 1438. Il fut inhumé au Prieuré clunisien Saint-Etienne, dont la magnifique église romane subsiste.

                                           

Nevers, église Saint-Etienne

Jean Le Clerc avait acquis de grands biens, dont La Motte de Luzarches, en Ile-de-France, et la baronnie de Cours-les-Barres, relevant des évêques de Nevers. Il avait d’abord épousé Agnès Le Muet, fille d’Hugues, Bailli de Donzy, sgr de Nanvignes, dont il eut une postérité brillamment installée en Nivernais et en Auxerrois. Son fils Jean III fut la souche des Leclerc de Fleurigny, au diocèse de Sens, qui s’éteignirent au XIXème siècle. Le chancelier n’eut pas de descendance de ses deux autres femmes : Catherine Apaupée, et Isabeau de Beauvais, qui lui apporta les terres de Ferrières-Saint-Hilaire en Normandie (souche des Ferrers anglais), la Forêt-le-Roi près d’Etampes, et le titre de châtelain de Beauvais. Un destin remarquable mais à tout le moins ambigu.

 En 1445 Charles VII trouva en Guillaume Jouvenel des Ursins (cf. supra) un grand serviteur. Il l’avait adoubé chevalier lors de son sacre car il avait été le grand argentier de ses guerres. Après une éclipse Louis XI fit à nouveau appel à lui comme Chancelier en 1466.

Avançons maintenant de deux siècles pour évoquer le principal Chancelier de Louis XIII, le fameux Pierre Séguier, que nous avons mentionné en étudiant la dévolution du comté de Gien, une possession des premiers barons de Donzy. Il était issu d’une famille de parlementaires originaires du Bourbonnais. Il eut une carrière brillante et acquit suivant l’usage de grands biens : Autry, en Berry, Saint-Liébaut et Villemaur en Champagne, érigés pour lui en duché, et Gien. Nommé chancelier en 1635, il exerça la fonction par intermittence jusqu’à sa mort en 1672. Effacé par les personnalités de Richelieu et de Mazarin, il n’en joua pas moins un rôle important à la tête de la Justice et pour la mise en place de l’administration centralisée qui caractérise notre pays. Tenté par la Fronde mais redevenu fidèle au roi, il fut finalement évincé par Colbert.

Le poste le plus élevé de la hiérarchie judiciaire ne pouvait échapper à nos Lamoignon, puissamment établis dans les plus grands emplois parlementaires dès le début du XVIIème siècle. Voyez l’article dans lequel nous évoquons leur lien ambigu avec Donzy : Un fief Lamoignon….

Mais il nous faut attendre le règne de Louis XV pour que l’un d’eux devienne Chancelier (1750) : Guillaume de Lamoignon-Blancmesnil (1683-1772). Président à mortier puis Président de la Cour des Aides, cet éminent juriste a laissé le souvenir d’un esprit cultivé et d’un magistrat pieux et fidèle au roi. N’ayant pas l’heur de plaire à Mme de Pompadour il lui fallut démissionner en 1768. Il était le père de Malesherbes qui périt avec toute sa famille sur l’échafaud après avoir courageusement défendu le roi.

Son neveu Chrétien François de LamoignonBasville (1735-1789) fut nommé Chancelier et Garde des Sceaux en 1787. Esprit éclairé, petit-fils du grand financier Samuel Bernard, il anima la résistance du Parlement contre la réforme de Maupeou. Sensible aux idées des Lumières et attentif à l’Indépendance américaine il fut notamment à l’origine de l’Edit de Tolérance de Versailles (1788) envers les réformés. Il mourut quelques jours après l’ouverture des Etats Généraux. Nul doute que si de tels conseillers avaient été écoutés et entendus l’Histoire eut pris un tour différent. Il eut de nombreux enfants, tous alliés à des familles de la Grande Robe.

Basville eut trois rapides successeurs jusqu’en 1790, dont le frère de Jean-Baptiste Champion de Cicé, dernier titulaire de l’ancien diocèse d’Auxerre.

La Révolution abolit la fonction de chancelier ; Napoléon la reprit avec emphase en la dédoublant, pour Cambacérès, Archichancelier de l’Empire , et pour Eugène de Beauharnais, Archichancelier de l’Etat ; la Restauration la rétablit et Pasquier fut le dernier Chancelier de France sous Louis-Philippe. Depuis, le Garde des Sceaux est le ministre de la Justice.

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Les comtes contre les évêques à Cosne

Une controverse larvée opposa tout au long de l’ancien régime les évêques d’Auxerre, qui entendaient maintenir leur suzeraineté historique sur la baronnie de Donzy, aux comtes de Nevers, barons en titre depuis 1199, qui supportaient mal de devoir rendre hommage à un simple évêque, et voulaient unifier l’administration de leurs fiefs. Nous avons rappelé cette rivalité ancestrale, constitutive de la singularité donziaise, en évoquant la question des limites de l’ancien Donziais, ou celle du statut de Châteauneuf-Val-de-Bargis.

Elle trouva aussi un point d’application à Cosne, place stratégique en bord de Loire, au carrefour de plusieurs routes, qui ne pouvait pas ne pas intéresser les comtes. La ville et sa châtellenie étaient partie intégrante du Donziais mais, depuis un accord intervenu en 1157, les comtes de Nevers, mieux armés pour assurer sa défense, avaient la garde du château de Cosne. Il en allait de même à Donzy, Châteauneuf et Entrains. A la fin du moyen-âge les comtes de Nevers appartenant à de grandes maisons princières développèrent une conception extensive de cette mission, empiétant sur les droits des évêques, pourtant très présents ou représentés dans la ville où ils tenaient palais.

Sur le plan architectural ce passé lointain n’est pas complètement effacé : les murailles médiévales ont certes presqu’intégralement disparu, mais le château, forteresse octogonale qui formait le coin sud-ouest de l’enceinte du XIIIème siècle, est toujours là, au cœur de la ville, usé par le temps, transformé et négligé par les hommes (ci-dessous) ; le palais épiscopal, une belle demeure romane du début du XIIIème siècle, réplique en réduction de celui d’Auxerre, est intact sur une place voisine (id.). Le château épiscopal de Villechaud a disparu ; seule subsiste l’ancienne chapelle castrale dédiée à Sainte Brigitte de Suède.

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Pendant la Guerre de Cent Ans, alors que le comté de Nevers était échu aux fils de Philippe Le Hardi, Philippe de Bourgogne, puis Jean de Clamecy, le conflit prit une tournure plus aigüe. Ces princes d’une lignée capétienne qui rivalisait en puissance avec le roi lui-même, tentèrent d’échapper à leurs obligations féodales vis-à-vis des successeurs de Saint Germain et d’Hugues de Chalon, prétendant tenir Donzy du roi comme Nevers.

Dans un article très documenté sur « Les enceintes de la ville de Cosne… », l’éminent historien du Nivernais André Bossuat, décortique les tenants et aboutissants de cette querelle et ses développements judiciaires. Son cœur penche pour l’appartenance auxerroise de son pays d’origine – la vallée du Nohain  – mais cela n’altère pas la rigueur de ses analyses. Il illustre de façon cocasse les implications du droit féodal sur le terrain. A partir de faits anodins – un mur du château qui empiétait d’une toise sur la « justice » de l’évêque ; un chevreuil sauvage abattu par un homme du comte au-delà de la poterne…-, les officiers de Nevers cherchaient querelle à ceux de l’évêque et engageaient d’invraisemblables procédures. C’étaient autant de prétextes pour rouvrir le débat et réaffirmer les ambitions comtales. Mais l’intransigeance des prélats quant à leurs droits s’inscrivait dans une tradition féodale que le Parlement de Paris, familier de cette cause à répétition, reconnut à chaque fois à l’issue d’interminables procès.

Les officiers du comte étaient des seigneurs des environs que nous connaissons. Ils servaient le pouvoir en place. Le baron de Donzy auquel ils devaient hommage pour leurs fiefs était le comte de Nevers lui-même ; il exerçait le ban sur toute la contrée et appartenait à une puissante maison. On se mettait dès lors à son service, sans se préoccuper d’un pouvoir temporel épiscopal venu du fond des âges, qui s’étiolait au fil du temps.

Voyons quelques-uns de ces personnages mentionnés par Bossuat sur le théâtre des offensives comtales à Cosne, heureusement cantonnées au terrain juridique.

En 1380 il y avait là un Carroble, bailli de Donzy, un Frappier, de Nevers, et comme « Capitaine de la Tour de Cosne » – commandement militaire exercé par un noble d’épée – notre ami Jean de Pernay, qui portait le nom d’un fief de Châteauneuf près de Nannay. Il était seigneur de Port-Aubry près de Villechaud, un fief qui lui avait sans doute été concédé en récompense de ses services.

En 1413, le châtelain de Cosne – une fonction de gestion du site castral – était Renaud Lamoignon, sgr de Vielmanay, d’une famille éminemment donziaise que nous connaissons bien : elle a brillé de tous ses feux aux XVIIème et au XVIIIème siècle dans la grande politique.

En 1441, les représentants du comte Jean étaient Jean Tenon, d’une famille neversoise très dévouée, dont le fils sera seigneur de Nanvignes (Menou), et Miles de Pernay, petit-fils de Jean, capitaine de Cosne à son tour, accompagnés de son homologue de Donzy, Guyot Lamoignon, sgr de Vielmanay, Villargeau et Brétignelles, à Pougny, neveu de Renaud, venu en renfort.

En 1450, voici Jean Le Clerc, sgr de Saint-Sauveur, le fils du chancelier de France nommé par le duc de Bourgogne, lieutenant du bailli de Donzy, et Guillaume Coquille, procureur, de la famille du fameux jurisconsulte Guy Coquille, sgr de Romenay et éditeur de la Coutume de Nivernais.

En 1469 l’évêque Pierre de Longueil se trouve sur place pour défendre sa position face au procureur général du comté Guillaume La Miche, de Moulins-Engilbert, et au châtelain de Cosne Jehan Baudu. Le capitaine Miles de Pernay s’est fait porter pâle.

Ce Jehan, dont le nom est très peu cité, est « marchand » à Cosne – un terme qui indiquait plutôt un riche négociant qu’un boutiquier, avec une certaine surface financière, assortie d’une implication dans les affaires publiques -. Il est aussi châtelain de Donzy, Entrains et Châteauneuf : un homme de confiance donc, doté de moyens significatifs. Il est seigneur de Saint-Andelain au milieu du vignoble de Pouilly, une terre obtenue en récompense de ses services. Nous lui connaissons trois filles : Agnès, mariée à Simon Petot, autre riche marchand de Cosne, sgr du Jarrier à La Celle-sur-Loire, puis à Jehan de La Bussière, sgr de Montbenoit à Pougny ; Germaine, dame de St-Andelain, mariée à Jean Guy ; et Perrette, mariée à Philibert Chevalier, sgr du Pavillon à Billy. De beaux « établissements » qui confirment la position de leur père.

Pourtant tous ces aimables capitaines, châtelains et procureurs en seront pour leurs frais : les droits de l’évêque seront constamment réaffirmés par le Parlement, même après l’intégration de Donzy au duché-pairie de Nevers pour François de Clèves, et ne disparaîtront qu’en 1789. En l’an VIII Cosne deviendra une sous-préfecture du département de la Nièvre, et son passé  disputé entre Auxerre et Nevers n’intéressera plus que les historiens du pays…

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La Talvanne, suite et fin

(Illustration : le Nohain à Donzy)

Après l’Epeau, décrit dans notre précédent article : La Talvanne, III, notre rivière va achever son parcours vers Donzy.

Sur un coteau de la rive droite nous avons laissé Villarnoux, un domaine dont la famille propriétaire, qui appartenait à la bourgeoisie judiciaire, prit le nom avant la Révolution : « Voille de Villarnou ». Elle a donné deux personnages marquants : le portraitiste Jean-Louis Voille, actif à la Cour de Saint-Pétersbourg à la fin du XVIIIème siècle (voir ci-dessous) ; et Jean-Baptiste Voille de Villarnou son cousin (1715 -1784), avocat en Parlement, notaire du duché, lieutenant civil et criminel au Bailliage de Donziais. Le 5 septembre 1769, en sa qualité de premier magistrat de la cité, il avait prononcé le discours d’accueil du dernier duc de Nivernois et Donziois, Louis Jules Mancini-Mazarini, brillant ambassadeur et académicien, dont il avait été le condisciple au collège Louis-le-Grand.

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Une carte détaillée signale un lieu-dit « le Boccard » ultime trace de l’activité métallurgique. C’était un moulin dont le marteau frappait le minerai pour le broyer avant de le porter à fondre dans l’un des fourneaux voisins.

Sur la hauteur en rive gauche on aperçoit les grands arbres de Champromain, vieux fief relevant de Saint-Verain, dont le nom sonne antique et qui conserve tout son charme. Nous en avons étudié l’histoire, qui implique notamment deux grandes familles de la région : les Lamoignon, cités ici dès 1520, et plus tard les Maignan. L’une des dernières « dames de Champromain », Anne Soufflot, qui avait épousé un Maignan en 1744, n’était autre que la sœur de Jacques Germain Soufflot, l’architecte néoclassique du Panthéon, originaire d’Irancy, fameux vignoble en Auxerrois.

Conduite par le mouvement des coteaux qui surplombent Donzy, la Talvanne rejoint le puissant Nohain presqu’au cœur de la ville, après avoir traversé le « Pré Lamoignon ».

Les grands parlementaires de ce nom, maîtres des requêtes, présidents à mortier, intendants et même ministres, le terrible Basville et le fidèle Malesherbes – qui ont laissé à Paris le bel hôtel qui abrite aujourd’hui la Bibliothèque historique de la ville – revendiquaient leur lien avec la souche donziaise, car elle appartenait à l’ancienne noblesse terrienne. Ils avaient acheté des terres dans la région vers 1720, dont Boisjardin, à Ciez, que nous connaissons, sans doute pour accréditer davantage cette origine. Le fief Lamoignon que le nom de ce pré rappelle, était un fief urbain de la famille avec une maison et même une tour, aujourd’hui disparues. Nous avons évoqué les débats qui perdurent autour de cette revendication : « Lamoignon, un fief à Donzy ? »

La Talvanne a maintenant accompli son parcours sinueux depuis les collines boisées de Cessy. A la voir amoindrie par la sécheresse de l’été, on ne devinerait pas les prouesses qu’elle a accomplies du moyen-âge au XIXème siècle, grâce à l’ingéniosité des hommes. Elle a fourni travail et prospérité à des générations de meuniers et de forgerons, et des moyens de subsistance à deux monastères. Elle peut dorénavant se reposer sous le regard attendri des membres de « La Truite ».

 

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Retour à Man-nay

(Illustration : blason des Lamoignon)

Vielmanay n’est pas seulement un charmant village, c’est aussi un site religieux de fondation ancienne, entouré de plusieurs autres, marquants du Donziais. Il nous faut y revenir pour quelques explications en réponse à des questions.

Le lieu, traversé par un affluent de l’Asvins, tirait sans doute son nom d’un riche gallo-romain qui y avait une villa. On l’appela Mannayum, puis Mannay – nom resté longtemps dans la mémoire locale et prononcé Man-nay – ou encore Mannay-le-Vieil, le Vieux-Mannay, et enfin Vielmanay, nom donné à la commune.

Il y avait là aux premiers siècles du christianisme un monastère mentionné par Saint Aunaire (Aunacharius), évêque d’Auxerre, dans son Règlement (578) : Mannacense monasterium. Il figure sur une belle « Carte du diocèse d’Auxerre où sont marqués seulement les Abbayes qui y subsistaient avec les 37 paroisses qui le composaient sous l’épiscopat d’Aunaire en 580… » de 1741.

                                                 

A l’image de Saint Germain qu’il vénérait, Saint Aunaire, qui appartenait lui aussi à l’aristocratie gallo-romaine, avait légué cette terre avec bien d’autres dans la contrée à son église.

Ce monastère devait être fragile puisqu’il il n’était plus mentionné un siècle plus tard dans le Règlement de Saint Trétice. L’église devint une simple parocchia, placée au XIème siècle dans la dépendance du grand prieuré clunisien de La Charité.

Il ne reste rien du monastère d’origine : l’église actuelle (XVème-XVIème) aurait été construite à la place d’un édifice roman et seuls de vieux murs arasés témoignent d’un établissement ancien indéterminé.

Curieusement, on citait encore aux XVIIème et XVIIIème siècles des « prieurs spirituels et temporels » ou simplement « temporels » de Cessy, Coche, Saint-Malo et Vielmanay réunis, ces trois derniers depuis longtemps anéantis. Ils s’intitulaient parfois « seigneurs » et étaient des laïcs. Sous l’effet de la commende le temporel prenait le pas sur le spirituel…

Les ouvrages très documentés de Chantal Arnaud sur « Les églises de l’ancien diocèse d’Auxerre » (Société des Sciences historiques et naturelles de l’Yonne, Auxerre, 2009) et de Noëlle Deflou-Leca « Saint-Germain d’Auxerre et ses dépendances, Vème-XIIIème siècle » (Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2010), éclairent l’histoire de l’église Saint Pierre de  Vielmanay et son contexte.

Voyez aussi les indications très riches sur l’histoire du village et les belles illustrations fournies par le site « Cahiers du Val-de-Bargis ».

Nous avons déjà exploré les principaux sites historiques de Vielmanay : la Chartreuse de Bellary en lisière de la grande forêt ; l’abbaye fantôme de Coche, très tôt disparue ; et le château de Vieux-Moulin, caché au fond de son vallon, point de départ d’expéditions guerrières de chefs huguenots à la fin du XVIème siècle.

Nous avons évoqué les moulins et forges qui jalonnaient le cours de l’Asvins : la Ronce, les Pivotins et Vieux-Moulin, ainsi que les infatigables Lespinasse, maîtres de la plupart des forges de la région au XVIIème siècle.

Mais nous n’avions traité qu’indirectement de la seigneurie de Mannay ou Vielmanay elle-même, en présentant la généalogie des fameux Lamoignon, établis depuis le XIIIème siècle dans cette vallée, à Chasnay, Nannay et Mannay, et à Donzy. Il y aurait à Vielmanay des restes d’un château du XIIIème siècle.

La notice ci-dessous répare cette omission. Elle rappelle que le fief de Vielmanay – mouvant géographiquement de Châteauneuf – relevait féodalement en partie de l’abbaye de Saint-Germain d’Auxerre (cf. supra). Cela explique peut-être pourquoi aucun acte de foi et hommage le concernant ne figure dans l’Inventaire des Titres de Nevers de l’Abbé de Marolles.

Elle complète la succession des seigneurs, puisque Vielmanay passa dans d’autres mains que celles des Lamoignon au XVIIème siècle : Maumigny, Bar, Monnot, dans des conditions qui restent  d’ailleurs assez confuses.

Vielmanay (V. corr. du 9/1/22)

Des questions restent posées, qu’il faudra approfondir, avec votre aide bien sûr.

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Le Mée, au val du Sauzay

Le petit fief du Mée (ou Mez = moulin) est situé en surplomb du Sauzay, en amont de la ferme fortifiée de ce nom – Sauzay – commune de la Chapelle-Saint-André. Il relevait de la châtellenie de Donzy.

Il paraît avoir été fondé par les Anceau, une famille d’ancienne bourgeoisie de Varzy (58), connue depuis le début du XIVème siècle.

Une activité de forge s’y développa depuis l’origine, grâce à la force d’un petit affluent du Sauzay qui dévale le flanc est du massif forestier qui sépare les bassins de la Loire et de l’Yonne, qu’on a capté et retenu avec ingéniosité au-dessus du site. Elle s’y poursuivit jusque dans la deuxième moitié du XIXème siècle.

Le Mée passa par alliance à une branche des Lamoignon.

Sur place, à côté d’une maison de maître de forge relativement récente, des constructions industrielles anciennes subsistent, ainsi qu’un pigeonnier.

Voyez ci-dessous une première notice sur la suite des seigneurs du Mée ; elle reste à compléter car la trace de la détention de cette terre se perd au XVIIème siècle. Merci de votre concours !

LE MEZ  (V2 juin. 21)

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