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Corvol, Courvol : clarifications…

Il y a en Nivernais deux Corvol : Corvol-l’Orgueilleux et Corvol d’Embernard ; et il y eut une famille d’extraction chevaleresque dite « de Courvol ».

Cela mérite une clarification plus poussée que celle que nous avions proposée dans un article des débuts de ce blog, auquel celui-ci se substitue donc…

A tout seigneur tout honneur : Corvol l’Orgueilleux, gros bourg du canton de Varzy, conserve quelques traces de son importance passée. C’était le siège d’une des châtellenies du Donziais, unie très tôt à celle de Billy voisine, ni l’une ni l’autre ne comprenant un grand nombre de fiefs. En fait « d’Orgueilleux », surnom inspiré pour certains par ses fortifications anciennes, Corvol était plutôt « Argileux », ce qui est plus prosaïque, si l’on en croît Dom Charles de Courvol auteur de la généalogie de sa famille. Le mot se serait déformé au fil des siècles.

Cette terre faisait partie des vastes domaines que Saint Germain, évêque d’Auxerre, avait légués à son diocèse ou à l’oratoire de Saint-Maurice (d’Agaune), qui fut à l’origine de l’ abbaye de Saint Germain d’Auxerre. C’est sans doute pourquoi elle a eu plus tard un statut baronnial en Donziais, puis comtal en Nivernais. Il y avait là, avant même l’église recensée par Saint Trétice en 691, un monastère relevant sans doute de la grande abbaye.

L’ancien château comtal, modifié au fil du temps, a été en partie conservé, près de l’église et donc de l’ancien couvent : c’est un édifice composite qui paraît aujourd’hui relativement modeste.

                                                

Il n’y a pas trace dans les sources disponibles d’une « seigneurie particulière » à Corvol, ou d’une « vicomté » comme on en trouve à Druyes ou à Entrains, autres places comtales. Le château abritait sans doute un « capitaine » et peut-être une petite garnison, chargée de faire respecter les droits comtaux. Mais ces fonctions féodales se sont diluées et n’existaient plus à l’avènement du duché (XVIème siècle).

Corvol aurait donné son nom à la famille de Courvol, selon Villenaut, qui précise qu’ils n’en étaient pas les seigneurs, mais qu’ils y étaient simplement possessionnés. Cette question est peu documentée et reste discutée.

Voyez ci-dessous une nouvelle notice, enrichie, sur la généalogie de cette famille :

 Famille de Courvol

Corvol d’Embernard, modeste village du canton de Brinon de nos jours, était un fief ancien de la châtellenie de Montenoison, et n’était donc pas en Donziais. A-t-il donné son nom à la famille de Courvol, où lui a-t-elle donné, étant originaire de Corvol-l’Orgueilleux , comme certains l’avancent ?

Son église est dédiée à saint Gengoult et tout semble indiquer que cette paroisse fondée au 9ème siècle s’est formée sous les auspices d’un certain Dom Bernard. Ainsi au 14ème siècle, elle est mentionnée sous le nom de Corvolum Domipni Bernardi. Qui était ce Bernard  ?

Le fief paraît être sorti assez tôt de la famille de Courvol, dans des circonstances qui restent obscures : des Courvol font hommage au XIIIème siècle, mais dès la fin du XIVème, d’autres familles se succèdent à Corvol.

Corvol-d’Embernard est très proche géographiquement du Donziais et a appartenu aux sires de La Rivière, d’où l’intérêt de se pencher sur la succession de ses seigneurs  : 

Corvol d’Embernard

Merci de vos remarques et suggestions pour enrichir cette documentation !

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Les amis des rois

(Illustration : statue de Bureau de la Rivière – Cathédrale d'Amiens, vers 1375)

Les frères Jean (1338-1385) et Bureau de La Rivière (+1400), issus de la lignée donziaise de ce nom, très présente dans ces pages, lui ont conféré une véritable célébrité (voyez la généalogie complète de la famille de la Rivière, attachée à l’article consacré à leur terre d’origine).

On dirait aujourd’hui qu’ils étaient "bourrés de talent" puisque malgré l'obscurité supposée de leurs origines, ils s’affirmèrent comme de grands administrateurs du royaume sous les rois Charles V et Charles VI, à la fin du XIVème siècle. Ces conseillers du roi "d'humble naissance" étaient surnommés ironiquement les « Marmousets » – petit singe, ou personnage de petite taille en position extravagante dans la sculpture de l'époque – selon Froissart. Cela a même induit une conception longtemps dominante suivant laquelle le grand-père de Bureau aurait été un "serf affranchi". Mais la plupart des généalogistes s’accordent aujourd’hui à penser que les seigneurs de La Rivière à Couloutre étaient d'ancienne extraction chevaleresque, et peut-être même des parents des barons de Donzy de l’illustre maison de Semur.

Quoiqu’il en soit, Jean, comme diplomate et Premier Chambellan de Charles V, et à sa suite Bureau, comme Premier Chambellan, ami du même roi et fidèle contre vents et marées au jeune et malheureux Charles VI, ont laissé l’image de grands serviteurs, loyaux et efficaces en ces temps troublés.

Jean de La Rivière (1338-1385) montra l'exemple, mais sa carrière fut brève. Vers 1358 il quitta avec son frère leur Nivernais natal pour Paris. Il entra très vite au service du Dauphin Charles comme Chambellan grâce à l’appui de son oncle Jean d’Angerant, grand soutien du Dauphin, évêque de Chartres puis de Beauvais, Président de la Chambre des Comptes, dont la famille était investie au service des rois. Voyez une note sur cette lignée en cliquant sur le lien ci-dessous :

Généalogie d'Angerant (V. corrigée et complétée du 12/6/17)

Dès 1364 Jean devint Premier Chambellan, c'est-à-dire le premier serviteur du roi et son compagnon au quotidien. Il fut chargé de délicates missions diplomatiques, et s’attacha à  Pierre Ier de Lusignan, roi de Chypre (1328-1369), qu'il accompagna en Europe pour organiser une nouvelle croisade, dont les objectifs paraissent rétrospectivement un peu confus. Il partirent en juin 1365 de Venise vers Rhodes et Alexandrie, qui fut pillé. Les "croisés", chargés d’un énorme butin, firent voile vers Famagouste, à Chypre, où Jean mourut à la fin de cette même année. Sa mort toucha profondément Charles V qui fut fidèle à sa mémoire en choisissant son jeune frère Bureau pour lui succéder. Le roi lui avait fait épouser Marguerite des Préaux, riche héritière de grandes lignées normandes, mais il ne paraît pas en avoir eu une postérité viable.

Charles dit « Bureau » de La Rivière (+ 1400), Premier Chambellan à son tour, devint très vite un ami très proche du roi. Intelligent, actif, modeste et fidèle, il s’affirma comme le premier serviteur de l’Etat, à l’extérieur – il accueillit par exemple l’Empereur Charles IV en 1377 – comme à l’intérieur – il fut compagnon de Bertrand du Guesclin en 1370, puis chef de l’armée en Bretagne en 1379 -. Charles V mourut dans ses bras en 1380. Il avait décidé quelques années auparavant que Bureau serait inhumé à ses côtés.

Critiqué et même écarté par les Grands du royaume, en particulier les oncles du roi, dont Jean de France, duc de Berry, qui entendaient prendre le contrôle du jeune Charles VI, Bureau fut vite rétabli par ce dernier dans ses fonctions et lui fut aussi précieux qu’à son père pendant près de 20 ans. Il fut « ministre d’Etat » en son Conseil, et avec lui les « Marmousets » ( Le Mercier, Montagu) revinrent sur le devant de la scène.

Mais le règne s’enfonçait dans les rivalités, aggravées par la démence du roi. Malgré son soutien épisodique, Bureau dut s’effacer. Il fut privé d’une partie des grands biens dont on lui avait fait don, et mourut en 1400. Il rejoignit alors dans la nécropole de Saint-Denis Bertrand du Guesclin, aux pieds de l’enfeu de Charles V. Charles VI poursuivit sa triste existence jusqu’en 1422. Les troubles qui en découlèrent ne manquèrent pas de relancer la Guerre de Cent ans, qui n’épargna pas le Nivernais.

De sa femme Marguerite, dame d’Auneau et de Rochefort, une personne remarquable qui appartenait à la maison de Dreux, amie de Christine de Pisan, Bureau de la Rivière avait eu cinq enfants, dont Charles, comte de Dammartin.

Jean et Bureau sont inscrits dans la longue tradition des grands serviteurs de l’Etat qui ont fait la France. Depuis leur vallée du Nohain, ils ont porté haut et loin l’écu « de sable à la bande d’argent ».

                                                                                  

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Colméry

(illustration : armes de Mello)

Un château féodal a existé à Colméry, mais il n’a pas laissé de traces, pas plus que dans ses hameaux qui furent des fiefs. Pourtant l’histoire féodale de cette paroisse très ancienne, mentionnée dès 578 dans le « Règlement de Saint Aunaire » (évêque d’Auxerre), est riche, à défaut d'être parfaitement connue.

Colméry – parfois orthographié Colemery – fut dans la mouvance des sires de Mello bourguignons, puis des sires de la Rivière voisins, et plus tard dans celle des seigneurs de Menou.

On étudie séparément l’histoire de la seigneurie de Colméry et celles de ses arrière-fiefs : Malicorne, Le Vaudoisy, Dreigny, La Forêt-de-Lorme….

De nombreux éléments de cette notice ont été fournis par le site Cahiers-du-Val-de-Bargis – merci à lui ! – complété par des recherches dans les différentes sources généalogiques.

Ci-dessous une première notice sur la suite des seigneurs de Colméry, qui doit être complétée et précisée. Merci de votre aide !

Colméry

 

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Perchin, à Treigny

(Illustration : armes de La Rivière)

Perchin, aujourd'hui un hameau de la vaste commune de Treigny, avait conservé jusqu’au début du XXème siècle, des restes d’un ancien manoir seigneurial, et notamment une porte à linteau du XVème siècle.

Ce fief avait été tenu pendant longtemps par les sires de La Rivière, à qui cette terre avait été apportée par Isabeau de Chassin au XIIIème siècle.

Il passa ensuite aux La Ferté-Meung (voir la notice Beauvais-Lainsecq) puis aux Carroble, Le Caruyer, Perreau et Bonnin par des alliances.

Perchin fut en fait un fief secondaire, associé à des fiefs principaux comme Champlemy et Beauvais-Lainsecq. Au XVIIème siècle il était dans les mains de Jacqueline de Menou et fut dès lors associé à la possession de Ratilly.

Voyez ci-dessous la succession des seigneurs de Perchin, qu'on rencontre sur plusieurs autres sites :

Perchin

D enluminé

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Une famille fondatrice…

(Illustration : armes de La Rivière)

En tête du palmarès des lignées féodales qui ont structuré le Donziais, il faut placer les sires de La Rivière, qui ont brillé par leur dynamisme et leurs talents, en Nivernais et auprès des rois, essaimé dans toute la région, bâti et rénové de nombreux châteaux. Vous pouvez les retrouver dans les notices correspondantes.

Leur « rivière » c’est bien sûr le Nohain, qui prend sa source en amont d’Entrains aux confins des deux départements actuels de la Nièvre et de l'Yonne, et passe à Couloutre, leur paroisse d’origine. Il se jette dans la Loire à Cosne, après avoir enchanté les paysages de son cours vif et sinueux, fourni autrefois la force nécessaire aux industries naissantes et donné au Donziais un axe et une âme.

Leur origine – chevaleresque ou servile comme certains l'ont écrit ? – reste mal identifiée. D'autres ont suggéré qu’ils pouvaient être de la lignée des barons de Donzy. Josserand de La Rivière, fondateur présumé de la motte qui porte son nom, pouvait en effet le tenir d’un ancêtre des barons de Semur-Donzy : Jocerand Bers. Mais rien ne le prouve.

Ils sont restés constamment proches du pouvoir baronnial puis comtal, sans toutefois conclure des alliances matrimoniales au même niveau, ce qui pourrait indiquer une bâtardise dans l'hypothèse de  l’origine commune (?).

Leur destin féodal commence à Couloutre. Le château dit « de la Rivière » qu’ils ont sans doute fondé, plusieurs fois rebâti et transformé au fil des siècles, conserve, entouré de ses douves, une certaine majesté malgré des errances architecturales. Ils ont tenu ce fief des origines au XVIIème siècle, à l’extinction de la lignée masculine.

En aval sur le Nohain : la Motte-Josserand, aux portes de Donzy, serait donc leur création et donne toujours à voir la puissance et la grâce d’une grande forteresse des XIIIè-XIVème siècles. Son prestige et sa position stratégique attirèrent la convoitise de grands seigneurs, favorisée par les troubles de la Guerre de Cent ans.

L’alliance avec l’héritière des seigneurs de Champlemy leur a apporté ce fief prestigieux par son ancienneté, aux confins du Donziais, dans la vallée naissante de la Nièvre "de Champlemy", mais où ne restent que des ruines.

Une autre alliance avec l’héritière des Le Paulmier, riches seigneurs du Giennois, les a établis aux Granges à Suilly-la-Tour. Mais la munificence du château actuel date de leurs successeurs, puisque les sires de La Rivière avaient cédé ce fief dès le XVème siècle.

Non loin de la Motte-Josserand, une branche s’est implantée à la Garde, acquis en 1461. Un bâtard de La Rivière s’est installé à La Borde en Auxerrois et à Chauminet, arrière-fief en Puisaye donziaise. Jean de La Rivière-Champlemy a contrôlé la Tour de Merry, sous Chatel-Censoir, dans la vallée de l’Yonne, au XVème siècle également, et on pourrait citer bien d'autres exemples.

Françoise de La Rivière, mariée au seigneur de Favray, dont la pierre tombale est l’une des rares qui subsiste, a été dame d’honneur de la Reine Margot. Elle avait repris le flambeau du service personnel des rois dans lequel son illustre aïeul, Bureau de La Rivière, conseiller et ami de Charles V, après son frère aîné Jean, s'était illustré. Il a été inhumé à Saint-Denis.

Fidèles aux barons de Donzy devenus comtes de Nevers, les sires de La Rivière avaient choisi pour lieu de leurs sépultures une des fondations d’Hervé IV et de Mahaut de Courtenay, l’abbaye de l’Epeau, près de Donzy au bord de la Talvanne, où leurs traces ont hélas disparu.

Bref, l’écu « de sable à la bande d’argent » est l’une des emblèmes de ce site, où l’on rencontre des Bureau, Jean, Jacques ou Adrien de La Rivière à presque toutes les pages.

On les imagine chevauchant avec leurs escortes de château en château au long du Nohain, pour fêter les unions, célébrer la gloire des membres éminents de la lignée ou simplement se défendre des attaques. Les barons de Donzy s’étant transportés à Nevers, les sires de La Rivière tinrent la première place en Donziais. 

Voyez ci-dessous une notice généalogique à visée exhaustive, mais qui reste sans doute imparfaite :

Généalogie de La Rivière (V du 4/10/18)

D enluminé

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