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L’Album du Nivernois

Regrettable omission : nous ne vous avons pas encore parlé du fameux ouvrage romantique « Le Nivernois, album historique et pittoresque » publié par MM. Morellet, Barat, et Bussière (chez Bussière, Imprimeur à Nevers – 1838-1840 ; 2 tomes, 204 et 268 pp., grand format).

C’est pourtant une source irremplaçable à laquelle nous avons souvent puisé, en particulier par la reproduction de gravures, et dans la laquelle le Donziais – ici appelé « Donziois » à la mode du temps – tient toute sa place.

Ses auteurs : Joseph-Napoléon Morellet pour les recherches historiques et le texte, le commandant Jean-Claude Barat pour l’archéologie et les dessins et Edmond Bussière pour les lithographies et l’édition, figurent au Panthéon des auteurs nivernais. Ils ont laissé à la postérité une description complète du pays, fondée sur une bonne approche historique et sur l’observation des sites et monuments, dans l’état où ils étaient au début du XIXème siècle.

Morellet (1806-1894) était un jeune professeur d’histoire du collège de Nevers, d’origine lyonnaise et gênoise. Il donne le ton et montre sa science dans la belle introduction ; il voyage ensuite dans le pays, appuyant ses descriptions sur des données historiques rigoureuses, et faisant partager ses émotions.

Barat (1786-1855), officier de la Grande Armée natif de La Charité, passionné d’archéologie, doyen de l’équipe, a arpenté la contrée et fourni d’innombrables dessins, dont une centaine furent sélectionnés. Ses illustrations, soucieuses de précision, contribuent largement au caractère romantique de l’ouvrage.

Bussière (1806-1841) fils d’un commerçant de Nevers, lithographe autodidacte formé sur le tas à Paris, Rouen et dans sa ville natale où il était revenu, prit une très grande part à la réalisation de l’Album. Il a signé de nombreuses vignettes, notamment les paysages en pleine page, et assuré l’impression.

Si vous souhaitez découvrir cet ouvrage essentiel, vous pouvez accéder à une version numérisée, par exemple : Le Nivernois, T2 (pages 45 et suiv. consacrées au Donziois).

Il a été réédité en 1969 (Grenoble, Editions des 4 seigneurs), avec une préface d’A. Mirot, conservateur en chef aux Archives Nationales et historien du Donziais, et un troisième tome, qui propose des dessins inédits du Cdt Barat.

Les auteurs ont divisé le Nivernais en huit contrées, suivant le plan tracé par Guy Coquille : les Vaux de Nevers et de Montenoison, les Amognes, le Donziois, les vallées de l’Yonne, le pays entre Loire et Allier, le Bazois et le Morvan.

C’est un ouvrage historique et artistique, non pas administratif : le Donziais y est donc présenté dans son étendue ancienne – celle-là même que nous considérons ici – à cheval sur les actuels départements de la Nièvre et de l’Yonne. Il englobe le territoire de l’ancienne baronnie de Saint-Verain, comme nous le faisons aussi, et va même en Puisaye jusqu’à Saint-Fargeau, ce qui est peut-être excessif car cette terre relevait de la baronnie de Toucy.

                                     

Nous voici donc en Donziais dans les années 1830, au long de plus de 60 pages, entamées sous le style néo-gothique qui berça la jeunesse de Viollet-le-Duc, et rehaussées de 11 magnifiques planches, simples ou doubles, dont la représentation des ruines aujourd’hui largement disparues du château de Saint-Verain, ou celle de Donzy-le-Pré au soleil couchant -.

                                    

Après nous avoir donné un aperçu historique, les auteurs nous guident sur les chemins de Cosne à Donzy, en passant par Neuvy, St-Sauveur, Chatel-Censoir, Druyes et Entrains. Au détour d’une page le Cdt. Barat nous donne à voir l’ancien château-fort de Vergers à Suilly-la-Tour, remplacé 40 ans plus tard par une construction néo-gothique, et restitue la forteresse de la Maison-Fort à Bitry, dont on ne voit plus aujourd’hui qu’une maigre part.

Entre le réalisme de sites pris sur le vif dans leur abandon, et reconstitution stylisée de monuments anciens, nous longeons la Loire et le Nohain, et allons jusqu’à l’Yonne. Le récit historique accompagne les descriptions et l’émotion nous saisit à notre tour : quel beau et vieux pays !

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Fontaine, associé à Pougny

Le fief de Fontaine à Saint-Père, proche de Pougny auquel il était lié, revint sans doute aux comtes de Nevers ou fut racheté par eux après avoir été détenu par les Damas de Marcilly. Il fut sans doute attribué avec Alligny à Louis de Clèves, petit-fils du duc Englibert, vers 1550, comme un apanage de bâtard.

Il est mentionné par Marolles pour des hommages avec Pougny, par les Damas au XIVème siècle, puis cité au XVIème comme étant dans les mains de Louis de Clèves.

Près de l’actuelle maison de maître, une belle grange pyramidale subsiste dans ce domaine aujourd’hui viticole (où l’on vinifie notamment le fameux Pouilly-Fumé).

Voyez ci-dessous une première notice à ce sujet, établie grâce à une indication initiale donnée par un fidèle et actif visiteur du site. Il reste encore beaucoup de choses à éclaircir ! Merci de votre aide !

Fontaine (St-Père) (V3 du 3 nov 2019)

 

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Le Grenier à Sel

(Illustration : les marais salants de Guérande)

Plusieurs possesseurs de petites seigneuries du Donziais exerçaient des fonctions auprès des Greniers à Sel de Cosne, Nevers ou Clamecy.

Ainsi Jehan Vaillant de Guélis, sgr de Brétignelles (XVème s.) ou Pierre Frappier, sgr de Dalinet étaient « Procureur(s) du roi au grenier à sel de Cosne » ; ou encore Jean-Jacques de Beaubois, sgr des Grandes-Maisons et du Liarnois (XVIIème), receveur du même grenier.

                                                                  

Un blason était attribué aux officiers du grenier de Cosne : « Tiercé en barre d’argent, de gueules et d’or. » Sans doute ces fonctions leur fournissaient-elles les moyens d’acquérir ou d’élargir leur assise foncière, antichambre de l’anoblissement auquel aspirait si ardemment la bourgeoisie urbaine. Il s’agissait là d’offices à caractère judiciaire et fiscal, autour du monopole royal du sel et de la perception de la gabelle. Ils étaient attribués par le roi (en pratique l’Intendant de la Généralité) et requerraient théoriquement une certaine compétence juridique. 

Le grenier à sel était, comme son nom l’indique, un entrepôt, au cœur de la ville, où l’on conservait ce produit rare, indispensable à la vie des animaux et des hommes et seul moyen de conservation des poissons et viandes. Le pouvoir régalien en contrôlait totalement la distribution. Le sel était naturellement acheminé par la Loire depuis les zones de production, en particulier les salines de Guérande.

                                                         

Du point de vue institutionnel les greniers étaient des tribunaux où se jugeaient, dans la limite d’un plafond assez bas, les contentieux de la « Gabelle ». Ils faisaient vivre, outre leurs officiers et employés, des kyrielles d’avocat fiscaux et autres « praticiens » des campagnes, dont nos fiches donnent de nombreux exemples. Pour un enjeu fiscal supérieur ou en appel, la Cour des Aides – celle de Paris en l’occurrence pour notre région – était compétente.

En Donziais, seul le grenier à sel de Cosne est officiellement répertorié dans les sources, avec ceux de Nevers, La Charité, Clamecy, Château-Chinon, Luzy, Decize et Moulins-Engilbert en Nivernais, dont certains n’étaient sans doute que des dépôts. Les paroisses de l’ancienne baronnie en relevaient. Il fonctionna de 1473 à 1750, dans des bâtiments situés près de la chapelle du palais épiscopal dite « N.-D. de Galles », fondée au IXème siècle et reconstruite au XVème, qui abrite aujourd’hui un temple maçonnique.

Un grenier est mentionné à Donzy, « au coin de la rue des Bancs et de la place du Marché » et figure sur le plan reconstitué de la ville d’Amédée Jullien, mais il s’agissait sans doute d’une simple annexe, à laquelle une activité judiciaire ne paraît pas avoir été attachée. Il n’existe plus.

Celui de la Charité-sur-Loire, établi dans une maison construite par les moines au XIIème siècle et attribuée à cet office en 1690, est délabré mais toujours visible. Celui de Clamecy, superbe bâtisse du XVème siècle, a disparu.

L’histoire des greniers à sel, créés en 1342 par le roi Philippe VI de Valois – qui entendait se doter des moyens de ses ambitions – est étroitement liée à celle de la gabelle, un impôt indirect qui allait représenter pour le trésor royal une importante ressource. Sa perception fut affermée dès le XVIème siècle, cantonnant les officiers des greniers à une fonction strictement judiciaire, alors que des employés des Fermes se chargeaient de la commercialisation. Des réorganisations successives conduisirent à une Ferme Générale unique au XVIIème siècle.

Dans les pays dits de « Grande Gabelle », comme c’était le cas de la Généralité d’Orléans et de toute la moitié nord du pays (sauf la Bretagne) les greniers dits « de vente volontaire » imposaient aux assujettis d’acheter chaque année au moins un minot de sel d’une contenance de 72 litres (réputés peser 48,9 kg) pour quatorze personnes de plus de huit ans. On parlait de « vente volontaire » parce que les contribuables pouvaient acheter leur sel au moment qui leur convenait, et que les pauvres n’étaient pas tenus à l’achat. Liberté oui, mais dans certaines limites…

La Révolution supprima ce monopole et la gabelle, qui toutefois ressuscita sous l’Empire et perdura avec des éclipses jusqu’à la seconde guerre mondiale. L’opprobre populaire se fixa donc longtemps sur les « gabelous », une corporation honnie des contrebandiers en puissance de nos campagnes.

Les greniers à sel, institutions vénérables et craintes de la monarchie absolue, avaient tenu une place importante dans la vie des populations du moyen-âge finissant à l’époque moderne. Des noms de rues rappellent souvent leur mémoire au cœur des vielles cités.

Nous serions intéressés par toute information ou source concernant le Grenier de Donzy…

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Et le château de Donzy ?

Un internaute s’étonne à juste titre que nous n’évoquions pas explicitement le « château de Donzy » qui fut le siège de la baronnie et conserva ensuite ce statut au sein du comté-duché.

C’est une omission malaisée à réparer car l’histoire de ce monument est peu documentée. Il n’est d’ailleurs pas mentionné dans les ouvrages généraux consacrés aux châteaux de la Nièvre, et n’a fait l’objet d’aucune étude publiée.

Nous ne disposons pas davantage de représentations de sa configuration ancienne, à l’exception de celle proposée dans « La Nièvre à travers le passé » par Amédée Jullien (1883), qui est une intéressante reconstitution.

Voyez un cliché de cette gravure et le texte que consacre cet auteur au château de Donzy dans la notice ci-dessous :

Château de Donzy (A.Jullien)

De la vieille forteresse qui dominait la petite cité constituée progressivement autour d’elle, il ne reste de nos jours qu’une grosse tour réduite d’un étage, et un mur percé d’anciennes ouvertures. Des adjonctions et modifications ont été effectuées, notamment au XIXème siècle, pour en faire une résidence privée, entourée d’un vaste parc oblong, clos par les hauts murs en surplomb de l’ancienne citadelle.

On y entrait à l’origine par une porte fortifiée à l’est et une rampe d’accès, à l’emplacement de l’entrée actuelle, la seule praticable, tournée vers la forêt et la route de Cessy.

Des fouilles réalisées en 1998 à l’occasion de travaux ont permis de dater des Xème et XIème siècles la première occupation du site, ce qui coïncide avec l’avènement des premiers seigneurs de Donzy de la Maison de Semur, qui tenaient cette terre des anciens comtes de Chalon, et s’y fortifièrent (voir à ce sujet : « Annales des Pays nivernais », n°153 consacré à Donzy, Camosine, Nevers, 2013)

De même, on sait que le dernier seigneur en fut Louis-Jules Mancini-Mazarini (1716-1798), « duc de Nivernois et Donziois », puisque la baronnie, jointe au comté de Nevers en 1199, lui fut associée jusqu’à la Révolution. Visita-t-il seulement son vieux château lorsqu’il fut accueilli à Donzy en 1769 par Jean-Baptiste Voille de Villarnou, son ancien condisciple au Collège Louis-le-Grand ? Ce qu’il en restait fut vendu en 1792 comme « Bien de la Nation », le duc ayant été emprisonné sous la Terreur, et acheté par des particuliers.

L’histoire du château coïncide donc avec celles des barons, puis des comtes et ducs de Nevers, annexées à l’article Baronnie de Donzy.

Mais son évolution architecturale reste largement méconnue. Des étapes la jalonnent :

  • la construction aux Xème et XIème siècles de la forteresse sur la plate-forme rocheuse qui domine le confluent du Nohain et de la Talvanne, en amont du site plus ancien de Donzy-le-Pré ;
  • son démantèlement par le roi Louis VII aidé du comte de Nevers Guy, en 1170, pour punir le baron Hervé III d’un traité avec le roi Henri II Plantagenêt, et faire un exemple ;
  • sa reconstruction autorisée par le pardon du roi peu après, mais sur des bases plus modestes, poursuivie semble-t-il jusqu’au XIVème siècle ;
  • l’enfermement de Pierre de Courtenay, comte de Nevers, dans une tour du château par son vainqueur et futur gendre Hervé IV de Donzy, en 1199 ;
  • son abandon progressif, dès lors que la lignée des barons accéda au comté de Nevers

Confié à la garde de capitaines et/ou gouverneurs assistés d’une petite troupe, à l’instar des autres châteaux de même statut (Cosne, Entrains, Châteauneuf, Druyes…), le château de Donzy ne fut plus qu’occasionnellement une résidence baronniale, d’autant que le comté et avec lui la baronnie de Donzy étaient passés à des familles princières proches de la cour (Bourgogne, Clèves, Gonzague…), qui n’avaient aucune raison d’y séjourner.

L’étude sur les « Comptes des travaux exécutés aux châteaux du Nivernais » (XIVe-XVe siècle) (in BSNLSA, Nevers, T. n°28, 1933) de Léon Mirot atteste en tout cas de la présence à Donzy à cette époque d’une garnison, avec écuries, forge et armurerie.

Certains des officiers qui ont tenu la place nous sont familiers : ainsi Jean de La Rivière, chambellan, nommé capitaine par Jean de Bourgogne, cte de Nevers, au XVème siècle et Guillaume d’Assigny son gendre ; ou encore Etienne de Lamoignon, sgr de Vielmanay, au début du XVIème  ( ); et enfin plus prosaïquement Antoine Lucquet, sgr de Presles (1656) ().

Au fil du temps, la paix étant revenue en Nivernais-Donziais après les interminables épisodes sanglants de la Guerre de Cent ans et des Guerres de religion, cette fonction et le site castral qui l’abritait avaient inexorablement décliné, passant de grands féodaux à de simples officiers ducaux.

Les restes du vieux château, cachés par de grands arbres, surplombent cependant toujours la petite cité, rappelant ses origines et sa gloire passée.

Nous serions intéressés toute indication que vous pourriez nous fournir pour étoffer cette approche succincte en accédant à d’autres sources.

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Aubigny, sur ses souterrains de pierre

(L’Opéra Garnier, construit en pierre d’Aubigny)

Aubigny, aujourd’hui un hameau de la commune de Taingy (89), fut constitué en fief avec justice relevant de Druyes par la comtesse de Nevers en 1500 pour Regnault Mullot, un de ses serviteurs, à charge « d’y faire construire des maisons ».

Ajouté aux terres du Colombier, de Panardin, Villenaut, du Fey et de la Poëse, cela faisait de lui un riche seigneur dans les espaces boisés compris entre le Nohain et le Sauzay et au nord de Druyes. Ce fief paraît avoir été conservé jusqu’à la Révolution par une branche de cette même famille.

Il n’y a pas de trace castrale à Aubigny, connu par contre pour ses carrières souterraines de pierre qui ont permis bien des constructions dans la région et à Paris, via l’Yonne et la Seine, depuis les temps les plus reculés jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Voyez ci-dessous la notice présentant la succession des Mullot dans cette terre. Merci de vos remarques et suggestions !

Aubigny (Taingy

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