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Un maître de forge avisé…

Hugues Cyr Chambrun Mousseaux, né en 1724 à Nevers et qu’on voit apparaître à Donzy vers 1750, était un maître de forge avisé.

Il fut choisi comme directeur des établissements que le Duc de Nevers y possédait : la forge dite de l’Eminence – ainsi nommée parce qu’elle avait été créée par le Cardinal Mazarin, grand-oncle du duc, qui avait offert à son neveu Philippe Mancini le duché de Nevers en 1686 – celle de Bailly en aval sur le Nohain, ou encore celle de Prémery.

Sa famille avait fait ses preuves depuis au moins quatre générations dans cette industrie exigeante mais lucrative, en plein essor depuis le XVIème siècle. On trouve les ancêtres d’Hugues en Berry, à Lignières, Charenton-du-Cher et Ardentes, et en Nivernais, au Gué-d’Heuillon près de Guérigny, ou à Vingeux à Saint-Aubin-des-Forges, par exemple.

Il était donc logique qu’un Chambrun soit attiré par les eaux abondantes et régulières du Nohain, par les forêts autour de Donzy et par le minerai qui affleurait partout.

Hugues  – qui s’était illustré dans un concours des élèves les plus lettrés du Collège de Nevers en 1737 – n’était pas malhabile : il avait épousé en 1749 la fille du « Receveur de la Marque des fers », Jean-Baptiste Grasset, de La Charité. Cet employé de la Ferme générale des Aides était chargé de collecter dans la région le droit perçu par la Couronne sur tous les fers et aciers produits. Cette perception affermée était lucrative, l’industrie métallurgique étant florissante en Nivernais, et on peut penser que ce mariage accrut sensiblement le potentiel financier de notre ami… sans nuire à ses rapports avec les autorités.

Enrichi par ses fonctions au service du Duc, il acquit donc en 1767 la petite forge de Chailloy, sur l’Accotin, près de Suilly-la-Tour, fondée par la famille du théologien réformé Théodore de Bèze. Passant au travers des troubles de la Révolution, puisque son propre fils racheta ce Bien national lorsqu’il fut vendu, cette terre, cette forge et sa belle maison de maître, devinrent la base de sa famille jusqu’à l’époque moderne.

Elle fut même le berceau d’un militant socialiste : Charles Ferdinand Gambon (1820-1887), petit-fils de sa seconde femme Julie Lasné. Cet avocat républicain, député de la Nièvre à l’Assemblée constituante de 1848, fut prisonnier politique sous le second Empire. Libéré, il fit en 1869 une campagne restée célèbre pour entraîner les citoyens à refuser l’impôt : il laissa saisir par le fisc sa ferme de Léré (Cher) et une de ses vaches qui fut mise en vente aux enchères publiques. « La vache à Gambon » fut bientôt légendaire. La Marseillaise, journal d’Henri Rochefort, ouvrit une souscription à cinq centimes pour racheter la vache ; Gambon accepta à condition : « qu’elle resterait la propriété de la République, qu’elle serait achetée sur le marché de Sancerre où avait eu lieu la vente par le fisc, et qu’elle constituerait un premier fonds de rachat pour toutes les injustices dont nos frères, les pauvres paysans, les ouvriers et les soldats, sont victimes. ». Il fut ensuite député de la Seine en 1871 et membre de la Commune de Paris, condamné à mort par contumace. On imagine l’opinion qu’il devait avoir de ses aïeux maîtres de forge….

Quoiqu’il en soit, Pierre Charles Chambrun, succédant à son père Hugues à Chailloy, ajouta dès 1796 à la panoplie familiale la belle forge de Vergers, jouxtant le vieux château des sires d’Armes et des Chabannes, qui appartenaient aux moines de Bellary avant la Révolution. Augustin Borget, premier mari de Julie Lasné et donc grand-père de Gambon, y avait été maître de forge, ainsi que du Fourneau de Guichy, à Nannay. On restait en famille.

Mais dès la seconde moitié du XIXème siècle les roues s’arrêtèrent de tourner et les martinets de battre sous les coups de boutoir de la grande industrie.

A Chailloy, qui a conservé son beau manoir, et à Vergers, avec son château néo-gothique, les forges et leurs anciens maîtres ne sont plus que des lointains souvenirs, et la belle énergie du Nohain se perd maintenant dans les prés…

Voyez ci-dessous une notice sur cette famille entreprenante :

Famille Chambrun-Mousseaux

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Le Donziais avant Donzy

(Illustration : le tombeau de Saint Germain, crypte de l’abbaye à Auxerre)

Nous avons tenté d’éclairer les origines de la baronnie de Donzy, dont les racines plongent dans la haute aristocratie carolingienne en Bourgogne et dans la matrice épiscopale auxerroise.

Mais comment se situait ce pays avant l’avènement de la féodalité ?

Sur le plan politique et institutionnel, l’imprécision prévaut car, comme l’indique Christian Sapin dans son ouvrage sur « La Bourgogne Préromane » (Picard, Paris, 1986) : « …nous devons reconnaître la disparité entre la notion d’espace géographique de la Bourgogne au Haut Moyen Age et le déplacement constant des limites imposées par le poids des volontés politiques ».

C’est particulièrement vrai pour la vallée du Nohain, qui était – et est toujours – aux confins de l’espace bourguignon.

Géographiquement ce pays appartient à l’espace ligérien, mais pour l’organisation politique il en allait autrement. Le fleuve était alors une frontière : à l’ouest c’était la grande principauté d’Aquitaine, avec la métropole de Bourges ; à l’est la Bourgogne, sous les différentes dynasties qu’elle a connues, des Burgondes aux Capétiens. Le Donziais était donc bourguignon, mais loin des centres nerveux de ce royaume devenu duché, il regardait vers la Loire.

Ce petit pays ne bénéficiait pas de l’attraction d’une ville en son sein, car les cités gallo-romaines – Entrains ou Cosne – avaient décliné après la chute de l’Empire. La vraie référence fut, dès son affirmation aux Vème et VIème siècles, le siège épiscopal d’Auxerre, où régnait une autorité spirituelle et temporelle puissante. Le Donziais était donc un élément essentiel de ce diocèse très politique, marqué par l’aura du grand Saint Germain, dont le tombeau a été préservé jusqu’à nos jours au cœur de l’abbaye qu’il avait fondée. C’était, avec les immenses biens de sa famille donnés à son église – notamment en Donziais -, des éléments clefs d’identification.

Par conséquent les traces de cette période sont à rechercher dans l’histoire religieuse, qui seule offre de vrais repères. Elle est assez bien documentée grâce notamment aux fameuses « Gestes des évêques d’Auxerre » (Les Belles Lettres, Paris, 2006), et au travail de l’abbé Lebeuf : « Mémoires concernant l’histoire civile et ecclésiastique d’Auxerre et de son ancien diocèse », augmenté par MM. Challe et Quantin (Auxerre, Perriquet, 1848).

Il n’y pas en Donziais de véritable trace architecturale des temps primitifs. Les restes de l’époque gallo-romaine sont détruits ou enfouis ; les édifices préromans également. L’architecture civile la plus ancienne est postérieure à l’an Mil.

Mais même si aucune construction antérieure au XIème siècle n’est aujourd’hui visible – voir l’article consacré au Donziais roman – les fondations paroissiales et monastiques avaient investi le pays dès les premiers siècles du christianisme.

Le fameux « Règlement de Saint Aunaire », évêque d’Auxerre, organisait le culte dans le diocèse à la fin du VIème siècle. Il mentionnait expressément les églises de Druyes, Colméry, Champlemy, Bargis, Donzy, Suilly, Cosne, Alligny, Neuvy, Bitry, Arquian, Bouhy, et Entrains. Une liste qui indique une densité paroissiale déjà importante et signale les sites les plus anciens. Il citait également les monastères de Saissy (Cessy-les-Bois), Mannay (Vielmanay), et d’Ulfinus (ou Wulfin, c’est-à-dire Saint-Laurent), dont les abbés assistèrent au concile qui se tint à Auxerre sous ce pontificat (Lebeuf). Le Règlement de Saint Trétice, un siècle plus tard, confirme cette énumération.

Aux début des monarchies franques, l’encadrement des populations par cette église institutionnelle en développement, qui avait l’ambition de régir toute la vie sociale, suppléa donc des institutions territoriales balbutiantes.

Toutefois le Donziais appartenait au pagus auxerrois et releva logiquement des comtes d’Auxerre. Il n’est pas certain que la mise en place de ces représentants du pouvoir royal aux VIIIème et IXème siècle ait changé la vie des habitants. Ce furent avant tout des princes guerriers comme Conrad de Bourgogne, Robert le Fort ou Hugues l’Abbé, dont ce titre supplémentaire renforçait la puissance.

Des agents royaux quadrillaient-ils la contrée ? La trace d’autorités administratives installées sur place et dotées de moyens n’apparaît pas dans les sources, il est vrai ténues. Peut-être des vicomtes ont-ils suppléé les comtes à la fin du premier millénaire, comme on peut le noter ici ou là ?

Il semble que ce dispositif, efficace pour assurer la défense du territoire, ne parvint pas à prendre le pas sur celui de l’église pour l’administration du pays et des populations. Il fallut en fait attendre l’avènement du système féodal et d’un « seigneur de Donzy » au début du XIème siècle, puis la multiplication de seigneuries châtelaines exerçant le ban, pour que le pouvoir laïc s’affirme ; ce qu’il fit paradoxalement sous la suzeraineté de l’évêque en Donziais.

Mais seules des plumes ecclésiastiques ont rendu compte de cette époque, et notre observation peut s’en trouver biaisée. Convenons que les textes et les images manquent et que ces siècles resteront obscurs.

Nous serions intéressés de connaître votre point de vue…

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Nouvelles notices familiales…

Notre travail s’est concentré ces derniers temps sur la finalisation de notices généalogiques en chantier depuis longtemps.

En consultant la page qui leur est dédiée, vous pourrez découvrir nos travaux et y apporter le cas échéant votre concours grâce à l’espace « Commentaires ».

Les dernières publications concernent les familles : de Tespes  ;   de Beaujeu (sur Saône)  ;  de Varigny  ;  Dupin  ;   de La Roche-Loudun  ;  de L’Hospital  ;  Vaillant de Guélis…etc.

Mais en ouvrant la page « familles seigneuriales » vous en découvrirez bien d’autres !

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Les Dupin en Donziais

L’exceptionnelle réussite des trois frères Dupin, fils d’un député à l’Assemblée législative de 1791,  sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, a conféré à leur nom une véritable aura en Nivernais.

André Dupin l’aîné, avocat, jurisconsulte, homme politique éminent, haut magistrat, membre de l’Institut, châtelain de Raffigny en Morvan, a sa statue à Varzy. Son brillant parcours, de la Restauration au Second Empire, a fait l’objet d’une journée d’étude de la Société académique du Nivernais en 2014, dont les actes ont été publiés.

Charles Dupin, le cadet, savant ingénieur naval, député, ministre, lui aussi membre de l’Institut, châtelain de Corbelin, restaura l’abbaye du Réconfort, lieu de la sépulture de Mahaut de Courtenay.

Philippe Dupin, le benjamin, fut lui aussi député de la Nièvre et de l’Yonne, et châtelain de Chitry-la-Mine.

Cette famille de la bourgeoisie judiciaire était originaire de Varzy, vieille cité épiscopale aux confins de l’ancien diocèse d’Auxerre, où elle est connue depuis André Dupin (1549-1620). Elle n’était donc pas à proprement parler donziaise, mais outre l’implantation de Charles à Corbelin, une branche cadette détint les terre et forge de Croisy, à la Chapelle-Saint-André, et celle de Ferrières, à Entrains.

Nota : aucun rapport avec la famille d’Aurore Dupin, baronne Dudevant – George Sand – qui était berrichonne.

Voyez ci-dessous une notice généalogique qui retrace la remarquable épopée de ces juristes, rigoureux et acharnés. La gloire parisienne des trois frères ne leur a pas fait négliger leur vieux pays d’origine où ils se sont magnifiquement établis et sont constamment revenus.

Famille Dupin

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Un maréchal-duc à la Motte-Josserand ?

Nicolas de l’Hôpital, duc de Vitry et Maréchal de France, fut seigneur de la Motte-Josserand au XVIIème siècle.

Il en avait hérité : cette terre et ce château étaient dans sa famille depuis le mariage de Charles de L’Hôpital, son arrière-grand-père, avec Catherine L’Orfèvre.

La confiance du Roi Louis XIII, sa brillante carrière militaire et les nombreuses autres terres et châteaux qu’il détenait, lui laissèrent-ils le temps de venir dans sa forteresse des bords du Nohain ? Rien n’est moins sûr ; ses fils ne la conservèrent d’ailleurs pas.

Le duc de Vitry était marquis d’Arc-en-Barrois et comte de Châteauvillain. Il possédait de grands biens en Brie, terre d’élection de sa famille, dont Vitry-Coubert et le beau château de Nandy. Il fut Capitaine des gardes du corps et témoigna de sa fidélité au Roi en menant l’assassinat de Concini.

Lieutenant-général en Brie, il fut élevé à la dignité de maréchal de France le 24 avril 1617, reçu conseiller d’honneur au parlement de Paris le 22 mai suivant ; chevalier des Ordres du roi le 31 décembre 1619. Il contribua à remettre sous l’obéissance du roi en 1621 les places de Jargeau, Sancerre et Sully, et fut pourvu du gouvernement de Provence en 1632. Il fut arrêté et mis à la Bastille le 27 octobre 1637, pour des prises de position insolentes, et n’en sortit que le 19 janvier 1643. L’année suivante le roi Louis XIV lui donna le brevet de duc et pair de France ; il mourut le 28 septembre 1644.

Mais on ne peut parler du maréchal de Vitry sans évoquer le destin étonnant de cette famille de L’Hôpital.

C’était une famille d’origine italienne qui revendiquait comme ancêtres les Gallucio du royaume de Naples – une lignée chevaleresque réputée descendre des princes de Capoue lombards – , dont elle portait les armes au coq (gaulois), transformées.

Par lettres patentes de septembre 1748, « le Mis de l’Hopital et MM. de Ste-Mesme furent autorisés par le Roi à porter le nom de Galluccio, et à accepter les places et dignités affectées à la noblesse du Siège de Nido, au Royaume de Naples ».

Une épitaphe en l’église Saint-Merry faisait même de Jean de L’Hopital (Gianni Galluccio), venu en France au XIVème siècle, le petit-fils du capétien Philippe d’Anjou, prince de Tarente, excusez du peu ! Mais aucune trace probante n’existe de cette origine princière.

Ce Jean était en fait « Clerc des Arbalétriers » c’est-à-dire trésorier, payeur de gages, à la suite d’un oncle dont il aurait pris le nom : François de l’Hôpital, connu comme « bourgeois de Modène », qui participa à la fondation du Collège des Lombards.

L’union de Jean avec la fille du grand financier Nicolas Braque lui apporta certes une assise territoriale considérable, sur laquelle ses descendants s’appuyèrent pour s’intégrer à la haute noblesse. Au XVIIIème, les représentants de la branche aînée obtenaient donc les fameuses lettres patentes les reliant à la vieille noblesse de Naples, sans doute pour masquer une origine indigne du milieu dans lequel ils évoluaient.

Voyez ci-dessous la curieuse généalogie de cette famille, limitée toutefois à la branche possessionnée en Donziais.

Famille de L’Hospital

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