Archives de catégorie : 91 – Châtellenie de Saint-Verain

Les bleus de Saint-Verain et les Rochechouart

Aux 16ème et 17ème siècles, parallèlement aux grès utilitaires émaillés au laitier de la poterie traditionnelle, une production singulière a existé, celle des bleus, communément appelés « bleus de Saint Vérain », bien qu’ils aient été produits dans toute la Puisaye.

Il s’agissait d’un émaillage à l’oxyde de cobalt destiné à une clientèle aisée qui recherchait des pièces plus raffinées. Cette activité fut encouragée et peut-être même initiée par les Rochechouart, sgrs de Saint-Amand.

Cette lignée ancienne et prestigieuse originaire du Limousin était arrivée en Puisaye par le mariage de François, vicomte de Rochechouart, avec l’héritière de la terre et du château de Saint-Amand, Blanche d’Aumont, en 1478. Elle avait été détachée de l’ensemble formé par Toucy, Saint-Fargeau et la Puisaye par un partage au milieu du siècle précédent, et était passée dans plusieurs familles.

Le fief resta dans cette famille pendant un siècle, sur trois générations. Sa trace la plus remarquable, outre les poteries bleues, est le magnifique château Renaissance parfaitement conservé qui abrite aujourd’hui le « Musée du Grès ». Antoine de Rochechouart, sgr de Saint-Amand et de Bouhy, succéda à François ; puis Charles, baron de Saint-Amand, Faudoas et Montégut, colonel de 1000 hommes à pied, dont la deuxième fille, Charlotte, apporta Saint-Amand au sire du Breuil, qui passa ensuite aux Matha et aux Rouault, avant d’être achetée par Mazarin avec le duché de Nevers en 1669.

Revenons à nos bleus…..La plus grande partie de la production fut utilitaire, avec une vaisselle luxueuse et ornementée, destinée au service de la table d’une clientèle de haut rang, en cette époque au cours de laquelle le goût de la Renaissance s’affirmait, venu d’Italie. Des pièces de formes plus travaillées recevaient des décors typiques : gourdes plates ou bouteilles de mariage, carreaux de parement, décorés de blasons, masques, cordelettes, petits animaux, obtenus par moulage, gravure ou modelage à la main.

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Marcel Poulet, dans son ouvrage de référence sur la Poterie de Puisaye, relève par exemple une gourde, dite « de Ferrières-Rolin » réalisée à l’occasion du mariage vers 1510, de Philippe de Ferrières, Sgr de Chatel-Censoir, Island, Presle et des moulins de Druyes – d’une famille qui tenait son nom d’un fief situé près de Druyes-les-Belles-Fontaines – avec Marie Rolin, arrière-petite-fille du fameux Nicolas Rolin, Chancelier de Bourgogne. Elle est présentée au Musée de la Renaissance à Ecouen. La salamandre de François Ier est souvent représentée ainsi que des sujets nobiliaires – casques et armures – et religieux.

Des fouilles ont montré que cet émail bleu est probablement issu du verre. Les potiers ont pu réaliser leur glaçure, très vitreuse, avec les déchets d’une verrerie, activité traditionnelle en Puisaye qui s’est prolongée jusqu’au XVIIème siècle. L’utilisation du « safre » un verre bleu coloré à l’oxyde de cobalt est probable.

La disparition des Rochechouart de la scène poyaudine aurait pu entraîner l’arrêt de cette production qu’ils avaient portée. Ce ne fut pas le cas, car après cinquante ans d’interruption elle réapparut durant la première moitié du XVIIème siècle. Au cours de cette seconde phase la production, moins façonnée, est reconnaissable à un émail plus foncé et plus dense. Elle propose des épis de faîtage, écritoires, pichets trompeurs, bénitiers… Les pièces sont alors signées et datées par le potier, montrant une certaine indépendance de l’artisan vis-à-vis du destinataire, bien différente de la première période très marquée par la commande aristocratique. On trouve aussi des traces de bleu sur des pièces usuelles, déposées sur une anse ou près du déversoir, pour protéger et décorer les points les plus sensibles.

Les pièces de bleu de Saint-Verain, annonciatrices de l’artisanat d’art qu’est devenue la poterie de Puisaye, sont proposées parfois dans des ventes, et s’arrachent aujourd’hui à prix d’or.

 

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Des générations de potiers…

(Illustration : grès du Nivernais)

Dans nos pérégrinations donziaises nous avons rencontré la famille Lucquet à ses débuts, qui possédait le petit fief de Grange-Boeuf situé au bord du Nohain en amont de Donzy, aujourd’hui oublié.

 Voyez la notice qui lui est consacrée dans la page « Notices familiales » du menu.

François Lucquet (v.1590-1650), notaire à Donzy, fils d’un « marchand tanneur » est le premier qui a laissé une trace. Il avait épousé une Grasset de Clamecy qui comptait parmi ses ancêtres maternels la famille de Piles, le nom d’un fief près de Couloutre. Roger de Piles (1635-1709), peintre, graveur, théoricien de l’art et diplomate au service de Louis XIV, en était le membre le plus connu.

Les Lucquet avaient rapidement acquis une certaine surface. Antoine Lucquet, fils de François, se maria en 1653 dans la chapelle du prieuré de Boutissaint avec Anne de La Rivière, fille du seigneur du lieu et de Boissenet à Treigny, au sud de la Puisaye. Il avait acquis la terre de Presle, détachée de Suilly et du Magny, que sa fille Marie apporta en dot à Henri de Bonnay, sgr de la Quenouille à Saincaize, d’une vieille lignée bourbonnaise dont cette alliance redora le blason. Leur arrière-petit-fils, Charles-François, marquis de Bonnay (1750-1825), fut député de la Nièvre aux Etats-Généraux et contribua à la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme. Il émigra après la mort du roi et fut ministre sous la Restauration.

La branche aînée issue d’Antoine s’implanta en Franche-Comté sous le nom de « Lucquet de Grangebeuve ». Les armes qu’elle adopta : « D’azur à la croix engrêlée d’or, alias d’argt » étaient celles des La Rivière bretons, sgrs de Boutissaint.  Des généalogistes franc-comtois complaisants leur bâtirent plus tard une généalogie nobiliaire largement imaginaire.

La branche cadette, fondée par Jean Luquet (1618-1681), autre fils de François, suivit une voie à la fois plus prosaïque et plus originale.

D’abord connu comme « marchand tanneur » comme son grand-père – une activité artisanale et commerciale lucrative –, Jean est cité ensuite comme « fermier de la terre et seigneurie du Boissenet », celle-là même que détenait la belle-famille de son frère. Il serait l’introducteur de l’activité potière dans la famille, peut-être en raison de son mariage à Saint-Amand. Il se livra donc à cette production, sans doute plutôt comme « marchand » que comme fabricant lui-même, à Boissenet d’abord, puis à Dampierre-sous-Bouhy.

Son fils Jacques Luquet (1654-1704), marié lui aussi dans une famille de potiers de Saint-Amand, y fonda une faïencerie. Son petit-fils, un autre Jacques, lui aussi marié dans ce milieu, fut l’échelon le plus entreprenant de la famille. Il reprit  et dirigea la poterie du Petit-Massé à Chougny, près de Tamnay-en-Bazois, qui se développa sous sa direction, portée par le succès de sa vaisselle utilitaire en grès destinée au grand public. On l’utilisait encore couramment dans le pays dans les années 50-60.

Moins célèbre que la poterie de Puisaye, la poterie du Bazois est digne d’intérêt. Au hameau du Petit Massé, cette activité existait depuis le début du XVIIème siècle. Jacques Luquet s’y installa entre 1705 et 1709 et prit en main la poterie. En 1732 sa fille, épousa Jean Gaubier de Saint-Amand, et le ménage partit s’y installer. Il fut la souche d’une grande dynastie de « potiers en terre » établis à Argenou, Saint-Verain et Arquian, jusqu’à l’époque contemporaine, comme l’indique l’ouvrage de référence de Marcel Poulet : « Poteries et potiers de Puisaye et du Val de Loire ».

La Poterie du Petit Massé poursuivit son activité avec François Luquet, fils de Jacques, puis sous d’autres responsables car les Luquet s’éloignèrent du pays et de cette activité. Le village s’étoffa, les artisans furent de plus en plus nombreux. La fabrique connut de multiples avatars, mais en 1932, Gaston Gaubier – un descendant de Jean – la reprit et la déplaça à Tamnay, au bord de la grand route, où elle connut un nouvel essor en se spécialisant dans les « grès flammés » du Morvan, tout en conservant des fabrications traditionnelles.

Assiettes en grès flammé de G. Gaubier

L’aventure potière des Luquet eux-même s’était achevée avec François, puisque son fils Jean devint Huissier audiencier à Nevers avant la Révolution. Son petit-fils Charles, né en 1777, devint magistrat et s’installa en Saône-et-Loire. Il prit le nom de « Luquet de Saint-Germain » – dont l’origine reste inconnue de nous – officialisé sous la Restauration.

De beaux itinéraires diversifiés, de Grange-Bœuf à Saint-Germain, pour ces donziais entreprenants.

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L’affaire de 1308

     Saint Louis avait interdit les guerres privées entre seigneurs, les contrevenants s’exposant à de lourdes sanctions. Progressivement cette loi s’imposa et contribua largement à la paix et à l’unité du royaume

     Les chroniques de ce temps nous révèlent cependant qu’en 1308 de puissants seigneurs nivernais crurent pouvoir s’affranchir de cette interdiction et mobiliser la fine fleur de la noblesse dans un de ces combats dont l’enjeu, entre honneur et litiges territoriaux, n’apparaît pas clairement à nos yeux modernes.

     René de Lespinasse, dans sa somme sur « Le Nivernais et les comtes de Nevers » (H. Champion, Paris, 1909) et les Mirot père et fils dans leur histoire de « La seigneurie de Saint-Verain des Bois, des origines à sa réunion au comté de Nevers » (Delayance, La Chariré-sur-Loire, 1943), ont relaté ce triste épisode.

L’un des deux protagonistes est bien connu de nous : c’est Erard II de Saint-Verain, qui avait succédé jeune à son père à la tête de la baronnie, en 1295. Il était le fils d’Erard Ier, inhumé dans leur nécropole de Roches à Myennes, et de Jeanne de Mello. On ne lui connaît pas d’alliance. A sa mort la baronnie passa à la maison d’Amboise-Chaumont par le mariage de sa sœur (voir notre Histoire de Saint-Verain…).

Le chateau de Saint-Verain, reconstitution

     Une de ces querelles irrépressibles avait donc éclaté avec son cousin Eudes ou Oudard de Montaigu, qui descendait lui aussi des barons de Saint-Verain. Nous avons rencontré incidemment ce seigneur bourguignon qui s’était trouvé en possession de la terre d’Arquian, détachée de Saint-Verain au XIIIème siècle pour une dot, et qui en relevait féodalement. Oudard était de souche capétienne, issu d’Alexandre de Bourgogne, sgr de Montaigu – à Mercurey, en Saône-et-Loire – , deuxième fils du duc capétien Hugues III de Bourgogne. Son père Guillaume de Montaigu avait épousé une héritière nivernaise, Marie des Barres, qui avait sans doute apporté Arquian qu’elle tenait de sa mère : Alix de Saint-Verain.

Le château de Montaigu

     Pour donner à cette bataille toute l’ampleur nécessaire à leur gloire – d’autant que le prétexte était sans doute futile – ils avaient l’un et l’autre rameuté des parents et alliés de grand prestige. Elle eut lieu le 9 octobre 1308, non loin de Saint-Verain et on imagine que le protocole sophistiqué des combats de chevalerie fut soigneusement respecté.

Erard était accompagné de puissants seigneurs du voisinage : Jean, cte de Sancerre, Dreux de Mello, sgr de Lormes et de Château-Chinon, Matthieu de Mello, sgr de St-Bris et St-Parize, ses cousins ; Miles de Noyers, maréchal de France – excusez du peu ! – Thiébaut, cte de Bar, baron de Toucy et Puisaye par son alliance avec l’héritière de ce grand fief voisin. Voyez ci-dessous les armes de cette petite cohorte, dans l’ordre de leur citation :

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Oudard n’était pas en reste en enrôlant des compagnons d’équipée plus éloignés du théâtre d’opération mais non moins prestigieux : Robert IV Dauphin d’Auvergne, Béraud VIII de Mercoeur, Connétable de Champagne, ainsi que trois frères de l’illustre maison des Dauphins de Viennois : Hugues, Guy et Henri de La Tour du Pin. Ci-dessous les écus des combattants :

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     Erard en sortit vainqueur mais n’en profita guère. Le roi Philippe IV imposa de rudes sanctions. Tous les protagonistes, quels que soient leurs hautes fonctions dans le royaume, furent emprisonnés ; Erard et ses compagnons à Melun, où ils restèrent quelque temps. L’autorité royale lui donna finalement raison et interdiction fut notifiée à tous ses adversaires de l’attaquer à nouveau. Il en fut reconnaissant et resta fidèle au roi – Louis X, successeur de Philippe – dans le conflit qui l’opposa aux comtes de Nevers de la maison de Dampierre-Flandre.

Erard avait recueilli les possessions de son grand-oncle Jean, archidiacre de Sologne, et notamment Mocques, à St-Martin-sur-Nohain, et des biens à Alligny et à Pougny. Il dut mourir avant 1320 et figure au nécrologe de la Chartreuse de Bellary. Son beau-frère Hue d’Amboise, sgr de Chaumont, lui succéda à St-Verain.

     Les combats fratricides de la guerre de Cent ans et ceux des guerres de Religion opposèrent parfois les seigneurs locaux et divisèrent les familles, mais ils n’avaient pas un caractère « privé ». L’épisode de 1308 fut sans doute le dernier de cette catégorie, venue des premiers temps de la chevalerie, en Donziais.

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La « belle et vertueuse huguenotte » de la Maison-Fort

Nous avons étudié l’histoire de la Maison-Fort à Bitry, une terre et un château des barons de Saint-Verain.

Au début du XVIème siècle elle était passée par alliance à la famille franc-comtoise de Beaujeu – Beaujeu-Saint-Vallier… – qui compta d’ardents chefs huguenots. René de Beaujeu, sgr de La Maisonfort, Argenou et Bitry, fut Gouverneur d’Auxerre pour le parti protestant (1567). Il avait participé à la prise de la ville à la tête d’une quarantaine de cavaliers, et abrité plus tard des troupes de l’armée de l’Amiral de Coligny dans son château. Il portait  pour armes : « de gueules à 5 trangles d’argent  « 

Ses descendants restèrent discrètement fidèles à la religion réformée. Son petit-fils Elysée de Beaujeu, sgr de La Maison-Fort – le dernier de cette famille – était décédé peu après son mariage en 1620 avec notre héroïne  : Rachel de Massué, déjà veuve d’un premier mariage. Rachel était la fille de Daniel de Massué, baron de Ruvigny, Gouverneur de la Bastille, attaché au grand Sully qui était son parrain. La famille était originaire d’Abbeville, anoblie au XVIème siècle, très engagée dans la Réforme comme leurs prénoms bibliques l’indiquent aussi.

Rachel dut séjourner quelque temps dans l’austère forteresse de son époux, gentilhomme campagnard et huguenot confiné dans ses terres, qui mourut avant même la naissance de leur fille unique. Deux fois veuve à 18 ans, elle regagna sans doute la capitale et sa famille, et fut à nouveau éprouvée par la perte de sa fille à l’âge de 4 ans. Elle s’acquit ensuite dans les salons une réputation de vertu, d’autant plus remarquable que sa beauté suscitait de grandes admirations. Corneille avait dédicacé à « Madame de La Maison-Fort » sa pièce « La Veuve ». Il y célébrait « les vertus et qualités peu communes » de cette dame, en s’excusant de demander à tant de « perfections » de protéger une héroïne si « imparfaite » (1634).

Cette même année, elle épousa en troisièmes noces au temple de Charenton, Thomas Wriothesley (1607-1667), 4th Earl of Southampton, qui vivait alors en France dans l’entourage du vieux Sully. Les chroniqueurs s’accordent pour avancer que ce fut un mariage d’amour. Il fut plus tard « Lord Grand Trésorier », réputé pour son intégrité et sa fidélité au roi Charles. Ses armes étaient : « Azure, a cross or between four hawks close argent ».

Ils regagnèrent Londres et s’installèrent à Southampton House (Bloomsbury). Un lord ami écrivait : « …my lady of Southampton is come to this town, she is very merry and very discreet, very handsome and very religious, she was called in France « la belle et vertueuse huguenotte » and to my lord of Southampton’s great joy, she is with child ». Rachel en eut en effet cinq enfants dont deux filles qui s’établirent dans la haute aristocratie anglaise. Elle faisait partie de l’entourage d’Henriette Marie de France, reine d’Angleterre. Elle mourut en couches en 1640, âgée de 37 ans.

Son portrait par Van Dyck (v. 1636) confirme sa beauté, son élégance et l’opulence de ce mariage anglais, dans une sorte d’allégorie de la fortune. Le sceptre qu’elle tient, la boule de verre sur laquelle elle s’appuie et sa sandale antique, donnent une image de l’influence qu’elle dut avoir sur un mari fort noble et riche mais « who was short and discreet ». Le décolleté audacieux est à la mode du temps et n’autorise pas à mettre en doute sa réputation.

Sa vie à Southampton House – magnifique résidence aujourd’hui disparue – dut paraître princière à cette jeune femme de 30 ans très gaie, après une première existence retirée dans un milieu constamment sur ses gardes.

Son frère, Henri de Massué, marquis de Ruvigny, lieutenant général, député des Eglises protestantes, ambassadeur en Angleterre, avait épousé la sœur de Tallemant des Réaux, l’auteur des Historiettes, d’une riche famille huguenote de La Rochelle. Il finit par s’exiler à Londres lui aussi après la révocation de l’Edit de Nantes, malgré l’amitié que lui témoignait le roi qu’il avait servi loyalement. Il y retrouva ses nièces, car Rachel était morte depuis longtemps. Il a été évoqué par Saint-Simon dans des termes élogieux :

« ….Ruvigny était un bon mais simple gentilhomme, plein d’esprit, de sagesse, d’honneur et de probité, fort huguenot, mais d’une grande conduite et d’une grande dextérité. Ces qualités, qui lui avaient acquis une grande réputation parmi ceux de sa religion, lui avaient donné beaucoup d’amis importants, et une grande considération dans le monde. Les ministres et les principaux seigneurs le comptaient et n’étaient pas indifférents à passer pour être de ses amis, et les magistrats du plus grand poids s’empressaient aussi à en être. Sous un extérieur fort simple, c’était un homme qui savait allier la droiture avec la finesse de vues et les ressources, mais dont la fidélité était si connue, qu’il avait les secrets et les dépôts des personnes les plus distinguées. Il fut un grand nombre d’années le député de sa religion à la cour, et le roi se servit souvent des relations que sa religion lui donnait en Hollande, en Suisse, en Angleterre et en Allemagne, pour y négocier secrètement, et il y servit très utilement. Le roi l’aima et le distingua toujours, et il fut le seul, avec le maréchal de Schomberg, à qui le roi offrit de demeurer à Paris et à sa cour avec leurs biens et la secrète liberté de leur religion dans leur maison, lors de la révocation de l’édit de Nantes, mais tous deux refusèrent. Ruvigny emporta ce qu’il voulut, et laissa ce qu’il voulut aussi, dont le roi lui permit la jouissance. Il se retira en Angleterre avec ses deux fils…».

Notre mémorialiste, catholique fervent mais sensible aux questionnements de la Réforme comme à la rigueur du Jansénisme, n’a cessé de déplorer les effets désastreux de la révocation de cet Edit, la perte énorme de richesse humaine qu’elle occasionna pour la société et pour l’économie du pays, et les malheurs qu’elle causa dans tant de familles.

Le nom d’Henri de Schomberg « comte de Nanteuil et de Durtal, Gouverneur de Languedoc, Grand Maître de l’Artillerie, Maréchal de France », que Saint-Simon associe à celui de Massué, ne nous est pas inconnu puisque sa veuve, Anne de La Guiche, maréchale de Schomberg, avait acheté les terres et le château de Champlemy vers 1650.

Le souvenir de la « belle et vertueuse huguenotte », qui a dû marquer son époque à Paris et à Londres malgré la brièveté de son existence, se perpétua par son prénom chez plusieurs de ses descendantes : sa fille Rachel Wriothesley  «lady Russell, duchesse de Bedford », épistolière reconnue ; sa petite-fille Rachel Russell « duchesse de Devonshire » ; Rachel Cavendish « comtesse d’Oxford » ; ou encore Rachel Noël « duchesse de Beaufort « . Cette tradition ne s’éteignit qu’au début du XIXème siècle.

On était bien loin de la campagne donziaise, où le charme et le maintien de la toute jeune « dame de la Maisonfort » avait dû éblouir le voisinage, pendant quelques mois sous le règne du jeune Louis XIII.

Le fief et le château étaient passés à la famille du Bois des Cours par le mariage de sa belle-sœur, Eléonore de Beaujeu, en 1624.

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Saint-Pierre-du-Mont

Il nous faut parfois nous aventurer un peu au-delà des limites de l’ancien Donziais pour appréhender dans sa globalité son histoire féodale.

Ainsi Saint-Pierre-du-Mont, non loin de Varzy : ce fief important et ancien n’était pas en Donziais au sens strict, mais il releva de Saint-Verain dès lors qu’un Rongefer, sgr d’Asnois, qui appartenait à cette lignée baronniale, en devint le maître au XIIIème siècle.

Une maison-forte avait été bâtie sur le haut de cette colline entourée de terres cultivées. Ce « mont » devint donc le siège d’une vaste seigneurie issue de celle de Courcelles en contrebas. Elle relevait de la suzeraineté de l’évêque d’Auxerre et comprenait des arrière-fiefs : Neuzy, Flez, et Menetou notamment. Les évêques, fortement implantés à Varzy où ils tenaient château, étaient les maîtres de ce pays enfoncé entre le Donziais et le Nivernais ; on ne trouve d’ailleurs pas trace de St-Pierre-du-Mont au moyen-âge dans l’Inventaire des Titres de Nevers.

« Renaud Rongefer, baron de Saint-Verain, avait fait fortifier, sans la permission du suzerain, la maison qu’il avait à Saint-Pierre-du-Mont, et s’en servait pour piller impunément les environs et les propriétés de l’église d’Auxerre. L’évêque Guy de Mello recourut vainement aux négociations et aux foudres de l’Eglise . Ne pouvant venir à bout du rebelle, il invoquât et obtint des secours de Blanche de Castille, assiégea, prit et rasa la citadelle en 1248… », nous indique l’Album « historique et pittoresque » du Nivernois.

Ayant repris la baronnie de Saint-Verain à la fin du XVème siècle, les comtes puis ducs de Nevers revendiquèrent et obtinrent la suzeraineté sur Saint-Pierre-du-Mont : le pouvoir temporel des évêques s’était affaibli. Les seigneurs successifs rendirent alors hommage pour le Mont à Nevers « à cause de Saint-Verain ».

Il ne reste rien du vieux château, sauf d’anciennes douves. Les guerres du moyen-âge et les combats de la Ligue, en avaient eu raison. Il a été remplacé par de vastes constructions des XVIIème et XVIIIème siècle.

Saint-Pierre-du-Mont est passé de mains en mains par des alliances et successions après deux siècles de présence des sires d’Asnois en ligne directe. Au début du XVIIème siècle il fut vendu pour 45.000 livres – ce qui atteste de l’importance de cette terre – à de nouveaux seigneurs venus de l’Angoumois, qui reconstruisirent une demeure plus confortable.

L’ancienne chapelle castrale est devenue l’église paroissiale, et de nos jours le site en impose toujours par la réunion du château, de l’église et d’un modeste village, au sommet de cette colline. On pressent que son histoire a été longue et chahutée, aux confins du diocèse d’Auxerre.

Voyez ci-dessous une notice sur la succession des seigneurs de Saint-Pierre-du-Mont :

St-Pierre-du-Mont  (V1 du 14 mai 2020)

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