Archives de catégorie : Vallée du Nohain

La Talvanne, au fil de l’eau et des siècles

(Illustration : le moulin des Bourguignons à Cessy)

Plus que le Nohain, qui vient de loin et s’en va jusqu’à la Loire, La Talvanne est la rivière de Donzy, où elle finit sa course à l’entrée de la ville.

Sa vallée, plus pentue et plus encaissée – première catégorie, rivière à truite – offre un concentré d’histoire et d’archéologie : pas moins de deux abbayes et un chapelet de vieux fiefs et de moulins. Nous vous proposons d’en suivre le cours en trois séquences, pour rassembler autour de ses eaux vives des sites déjà explorés.

Elle est marquée du sceau de la religion puisqu’elle prend sa source à Bondieuse. On est là sur les terres et bois de l’antique Prieuré de Cessy. La vie rurale y a été bercée par les cantiques depuis le haut-moyen-âge, puis elle est passée sous la seigneurie quasi laïque des prieurs commendataires, par procureurs fiscaux interposés.

Au creux d’un haut vallon, Tresseux appartenait à la paroisse de Châteauneuf et était connu autrefois comme un village de sabotiers, organisés en communauté. Ce fief est cité deux fois sous le nom étrange de « Trois-Sonnes » dans l’Inventaire de Marolles, en 1331 et en 1347: « Jean, fils de feu Le Poitevin de Drigny » (Dreigny, à Colméry) fait hommage pour « la maison de Trois-Sonnes », un ancien manoir disparu. Aujourd’hui une vieille ferme isolée en ruines surveille seule cette longue pente verte.

                               

Vers 1650 « Isaac Lucquet, sr de Saint-Félix, capitaine-lieutenant au régiment de Bussy » était propriétaire du domaine de Tresseux, que lui avait peut-être confié son colonel, le fameux Bussy-Rabutin, déjà rencontré (Bussy-Rabutin et Cessy). En 1653, Isaac avait épousé Marie Millereau, veuve de « maître Jehan Parizot, procureur fiscal des terres, justices et seigneuries de Cessy, St Malo-les-Bois », qui n’est autre que le premier ancêtre connu de l’auteur de ces lignes…En 1702, son fils Jacques Lucquet donne Tresseux à bail.

Ce terroir ancien revit aujourd’hui sous nos yeux grâce aux merveilleux site « Cahiers du Val de Bargis ».

La dévolution de Tresseux depuis le moyen-âge restera un mystère. Peut-être faut-il la relier comme Cessy à celle de Champlemy, dont Leonor de Rabutin, le père de Bussy, avait hérité ? Peut-être ces possessions venaient-elle de son oncle Guy de Rabutin, abbé du Val-des-Choux, la maison-mère du Prieuré cistercien de l’Epeau ; il résidait parfois au  « château de Cessy » dont il était prieur, comme Bussy l’indique dans ses Mémoires. L’Inventaire de Marolles nous rappelle que seigneur de Cessy avait la garde du monastère : son oncle la lui avait-il confiée ?

Avant de quitter cette haute vallée, notons que les collines boisées qui dominent Tresseux sont précieuses pour notre petite région : elles partagent les eaux entre la Talvanne, l’Accotin, qui rejoint le Nohain à Suilly-la-Tour, l’Asvins qui rejoint le Mazou à Bulcy après avoir reçu à Garchy le ruisseau de Bellary, et la Sillandre, qui naît à Châteauneuf et rejoint le Mazou à La Vernière (Chasnay). Au sud c’est le fief d’Estaules (aujourd’hui Les Taules, à Châteauneuf).

Suivons maintenant le cours de la rivière qui grossit. Le Petit Moulin à farine de Montignon, parfaitement conservé, est la première installation que nous rencontrons. Il y en aura d’autres, à grain et à forge : pas un kilowatt comme on dit aujourd’hui ne devait être perdu.

Au bourg de Cessy la Talvanne longeait l’ancien Prieuré, dont seul le pigeonnier subsiste, puisque l’église est celle de la paroisse. Nous avons évoqué ce monastère bénédictin primitif dédié à Saint Baudèle de Nîmes et rattaché à la grande abbaye Saint-Germain d’Auxerre. Sa vie religieuse et intellectuelle a marqué la région dès le haut moyen-âge et il a connu une apogée aux Xème et XIème siècles. Découragé par sa mise en commende au XVème puis anéanti par les calvinistes, il ne fut plus dès lors que l’ombre de lui-même. Mais son temporel, réuni à celui de Bourras qui avait subi le même sort, et à ceux de Coche, Vielmanay et Saint-Malo depuis longtemps disparus, continua à susciter les convoitises d’abbés de Cour jusqu’à la Révolution.

En aval du bourg notre rivière qui serpente au milieu des prairies et des bois affirme sa vocation industrieuse. Entre Cessy et Donzy c’est un chapelet de moulins. Leur activité était saisonnière car le débit de la Talvanne n’est pas constant, à la différence du Nohain. Parfois des retenues le régulaient.

Le moulin des Bourguignons appartenait au seigneur de Cessy. Dans un bail de 1651 cité par les Cahiers, on voit le « puissant seigneur messire Roger de Rabutin, chevalier, comte de Bussy le Grand, conseiller du Roy en ses conseils, son lieutenant général au gouvernement de Nivernois et Donziois, seigneur dudit Cessy, Saint-Malo-les-Bois, Coche et Vielmannay…accenser et amodier…le moulin Bourguignon avec les biez d’eaux, cours d’eaux, aisance et appartenance d’iceluy… » à une famille de meuniers.

Il fut transformé en forge au début du XVIIIème siècle par le maître de celle de Chevenet en aval, utilisant les fontes du fourneau de l’Epeau pour produire des petits fers. Deux roues actionnaient un martinet et deux soufflets lorsque la force de la chute le permettait. En 1848, alors que l’essor de la grande industrie métallurgique condamnait les installations artisanales, il redevint un moulin à blé avant que les roues ne s’arrêtent définitivement.

A suivre…

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Presle, détaché de Suilly-Magny

La petite terre de Presle, à Suilly-la-Tour, qui ne conserve qu’une modeste trace castrale dans un domaine agricole, aurait été détachée au XVIIème siècle du fief de Suilly et Magny.

Elle est alors détenue par Henry de Bonnay, issu d’une vieille famille bourbonnaise, mais ruiné, et son épouse Marie Lucquet – peut-être par acquisition du père de cette dernière : Antoine Lucquet, sgr de Grangeboeuf et de Presle (à Cours) -.

Le marquis de Bonnay, dernier seigneur en titre de Presle – mais titulaire de bien d’autres fiefs beaucoup plus importants – fut Président de l’Assemblée Constituante.

Le fief aurait été réuni à celui des Granges peu avant la Révolution par acquisition : le domaine fit partie intégrante de cette grande propriété ensuite.

Cet article remplace une édition précédente qui recelait des erreurs ou imprécisions. Merci de vos commentaires éventuels…

Presles (Suilly) (V8 du 30/1/23)

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Et le château de Donzy ?

Un internaute s’étonne à juste titre que nous n’évoquions pas explicitement le « château de Donzy » qui fut le siège de la baronnie et conserva ensuite ce statut au sein du comté-duché.

C’est une omission malaisée à réparer car l’histoire de ce monument est peu documentée. Il n’est d’ailleurs pas mentionné dans les ouvrages généraux consacrés aux châteaux de la Nièvre, et n’a fait l’objet d’aucune étude publiée.

Nous ne disposons pas davantage de représentations de sa configuration ancienne, à l’exception de celle proposée dans « La Nièvre à travers le passé » par Amédée Jullien (1883), qui est une intéressante reconstitution.

Voyez un cliché de cette gravure et le texte que consacre cet auteur au château de Donzy dans la notice ci-dessous :

Château de Donzy (A.Jullien)

De la vieille forteresse qui dominait la petite cité constituée progressivement autour d’elle, il ne reste de nos jours qu’une grosse tour réduite d’un étage, et un mur percé d’anciennes ouvertures. Des adjonctions et modifications ont été effectuées, notamment au XIXème siècle, pour en faire une résidence privée, entourée d’un vaste parc oblong, clos par les hauts murs en surplomb de l’ancienne citadelle.

On y entrait à l’origine par une porte fortifiée à l’est et une rampe d’accès, à l’emplacement de l’entrée actuelle, la seule praticable, tournée vers la forêt et la route de Cessy.

Des fouilles réalisées en 1998 à l’occasion de travaux ont permis de dater des Xème et XIème siècles la première occupation du site, ce qui coïncide avec l’avènement des premiers seigneurs de Donzy de la Maison de Semur, qui tenaient cette terre des anciens comtes de Chalon, et s’y fortifièrent (voir à ce sujet : « Annales des Pays nivernais », n°153 consacré à Donzy, Camosine, Nevers, 2013)

De même, on sait que le dernier seigneur en fut Louis-Jules Mancini-Mazarini (1716-1798), « duc de Nivernois et Donziois », puisque la baronnie, jointe au comté de Nevers en 1199, lui fut associée jusqu’à la Révolution. Visita-t-il seulement son vieux château lorsqu’il fut accueilli à Donzy en 1769 par Jean-Baptiste Voille de Villarnou, son ancien condisciple au Collège Louis-le-Grand ? Ce qu’il en restait fut vendu en 1792 comme « Bien de la Nation », le duc ayant été emprisonné sous la Terreur, et acheté par des particuliers.

L’histoire du château coïncide donc avec celles des barons, puis des comtes et ducs de Nevers, annexées à l’article Baronnie de Donzy.

Mais son évolution architecturale reste largement méconnue. Des étapes la jalonnent :

  • la construction aux Xème et XIème siècles de la forteresse sur la plate-forme rocheuse qui domine le confluent du Nohain et de la Talvanne, en amont du site plus ancien de Donzy-le-Pré ;
  • son démantèlement par le roi Louis VII aidé du comte de Nevers Guy, en 1170, pour punir le baron Hervé III d’un traité avec le roi Henri II Plantagenêt, et faire un exemple ;
  • sa reconstruction autorisée par le pardon du roi peu après, mais sur des bases plus modestes, poursuivie semble-t-il jusqu’au XIVème siècle ;
  • l’enfermement de Pierre de Courtenay, comte de Nevers, dans une tour du château par son vainqueur et futur gendre Hervé IV de Donzy, en 1199 ;
  • son abandon progressif, dès lors que la lignée des barons accéda au comté de Nevers

Confié à la garde de capitaines et/ou gouverneurs assistés d’une petite troupe, à l’instar des autres châteaux de même statut (Cosne, Entrains, Châteauneuf, Druyes…), le château de Donzy ne fut plus qu’occasionnellement une résidence baronniale, d’autant que le comté et avec lui la baronnie de Donzy étaient passés à des familles princières proches de la cour (Bourgogne, Clèves, Gonzague…), qui n’avaient aucune raison d’y séjourner.

L’étude sur les « Comptes des travaux exécutés aux châteaux du Nivernais » (XIVe-XVe siècle) (in BSNLSA, Nevers, T. n°28, 1933) de Léon Mirot atteste en tout cas de la présence à Donzy à cette époque d’une garnison, avec écuries, forge et armurerie.

Certains des officiers qui ont tenu la place nous sont familiers : ainsi Jean de La Rivière, chambellan, nommé capitaine par Jean de Bourgogne, cte de Nevers, au XVème siècle et Guillaume d’Assigny son gendre ; ou encore Etienne de Lamoignon, sgr de Vielmanay, au début du XVIème  ( ); et enfin plus prosaïquement Antoine Lucquet, sgr de Presles (1656) ().

Au fil du temps, la paix étant revenue en Nivernais-Donziais après les interminables épisodes sanglants de la Guerre de Cent ans et des Guerres de religion, cette fonction et le site castral qui l’abritait avaient inexorablement décliné, passant de grands féodaux à de simples officiers ducaux.

Les restes du vieux château, cachés par de grands arbres, surplombent cependant toujours la petite cité, rappelant ses origines et sa gloire passée.

Nous serions intéressés toute indication que vous pourriez nous fournir pour étoffer cette approche succincte en accédant à d’autres sources.

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Un maréchal-duc à la Motte-Josserand ?

Nicolas de l’Hôpital, duc de Vitry et Maréchal de France, fut seigneur de la Motte-Josserand au XVIIème siècle.

Il en avait hérité : cette terre et ce château étaient dans sa famille depuis le mariage de Charles de L’Hôpital, son arrière-grand-père, avec Catherine L’Orfèvre.

La confiance du Roi Louis XIII, sa brillante carrière militaire et les nombreuses autres terres et châteaux qu’il détenait, lui laissèrent-ils le temps de venir dans sa forteresse des bords du Nohain ? Rien n’est moins sûr ; ses fils ne la conservèrent d’ailleurs pas.

Le duc de Vitry était marquis d’Arc-en-Barrois et comte de Châteauvillain. Il possédait de grands biens en Brie, terre d’élection de sa famille, dont Vitry-Coubert et le beau château de Nandy. Il fut Capitaine des gardes du corps et témoigna de sa fidélité au Roi en menant l’assassinat de Concini.

Lieutenant-général en Brie, il fut élevé à la dignité de maréchal de France le 24 avril 1617, reçu conseiller d’honneur au parlement de Paris le 22 mai suivant ; chevalier des Ordres du roi le 31 décembre 1619. Il contribua à remettre sous l’obéissance du roi en 1621 les places de Jargeau, Sancerre et Sully, et fut pourvu du gouvernement de Provence en 1632. Il fut arrêté et mis à la Bastille le 27 octobre 1637, pour des prises de position insolentes, et n’en sortit que le 19 janvier 1643. L’année suivante le roi Louis XIV lui donna le brevet de duc et pair de France ; il mourut le 28 septembre 1644.

Mais on ne peut parler du maréchal de Vitry sans évoquer le destin étonnant de cette famille de L’Hôpital.

C’était une famille d’origine italienne qui revendiquait comme ancêtres les Gallucio du royaume de Naples – une lignée chevaleresque réputée descendre des princes de Capoue lombards – , dont elle portait les armes au coq (gaulois), transformées.

Par lettres patentes de septembre 1748, « le Mis de l’Hopital et MM. de Ste-Mesme furent autorisés par le Roi à porter le nom de Galluccio, et à accepter les places et dignités affectées à la noblesse du Siège de Nido, au Royaume de Naples ».

Une épitaphe en l’église Saint-Merry faisait même de Jean de L’Hopital (Gianni Galluccio), venu en France au XIVème siècle, le petit-fils du capétien Philippe d’Anjou, prince de Tarente, excusez du peu ! Mais aucune trace probante n’existe de cette origine princière.

Ce Jean était en fait « Clerc des Arbalétriers » c’est-à-dire trésorier, payeur de gages, à la suite d’un oncle dont il aurait pris le nom : François de l’Hôpital, connu comme « bourgeois de Modène », qui participa à la fondation du Collège des Lombards.

L’union de Jean avec la fille du grand financier Nicolas Braque lui apporta certes une assise territoriale considérable, sur laquelle ses descendants s’appuyèrent pour s’intégrer à la haute noblesse. Au XVIIIème, les représentants de la branche aînée obtenaient donc les fameuses lettres patentes les reliant à la vieille noblesse de Naples, sans doute pour masquer une origine indigne du milieu dans lequel ils évoluaient.

Voyez ci-dessous la curieuse généalogie de cette famille, limitée toutefois à la branche possessionnée en Donziais.

Famille de L’Hospital

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Hôtel « Frappier de Saint-Martin »

Un bel hôtel ancien (XVIIème-XVIIIème siècle), dit « Frappier de Saint-Martin« , devenu depuis longtemps un bâtiment communal, frappe le visiteur, dans le bourg de Donzy.

                                              

Il porte le nom d’une vieille famille bourgeoise de Donzy, les Frappier, connue depuis le XVème siècle, dont nous avons tenté de reconstituer la généalogie avec toutes les sources disponibles.

Elle eut différentes branches qui prirent, suivant l’usage du temps, les noms des terres qu’ils possédaient dans les environs, dont Saint-Martin. S’agit-il simplement d’une référence à la paroisse de Saint-Martin-du-Pré où ils paraissent avoir habité pendant plusieurs générations ?

Les Frappier ont pu, grâce aux revenus de leurs activités commerciales et industrielles – dont l’exploitation de moulins à forge, à Vergers, Bailly et l’Eminence – et grâce à leurs charges judiciaires, acquérir des terres en Donziais : Montbenoit, ou encore le grand château de Ratilly. Ils se sont alliés avec de nombreuses familles connues de la région, déjà rencontrées dans d’autres sites : Champromain, Pontcharrault, Saint-Père, ou encore Chailloy.

L’une des branches prit au XVIIIème siècle le nom de Frappier de Jérusalem, l’un de ses membres ayant acquis cette terre et ce château, près de Saint-Verain, sur l’histoire duquel nous savons encore bien peu de choses. 

Voyez ci-dessous une notice qui présente l’état actuel de nos recherches sur cette famille et ses possessions :

Famille Frappier

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