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Bussy-Rabutin et Cessy

Les archives de Cessy-les-Bois, que l’excellent site Cahiers du Val de Bargis explore inlassablement, réservent parfois des surprises : par exemple celle d’y trouver le fameux Bussy-Rabutin (1618-1693).

En effet, « Roger de Rabutin, chevalier, seigneur et comte de Bussy-le-Grand, baron de Forléans, Chaseul et autres lieux, conseiller du Roy en ses conseils, son lieutenant général au gouvernement de Nivernois et Donziois », officier distingué, puis écrivain sulfureux et académicien, est dit « seigneur de Cessy, St Malo-les-Bois, Coche et Vielmannay ». Il est mentionné de 1651 à 1654 dans des actes concernant des biens qu’il détenait à ce titre : la métairie du château de Cessy, le moulin et la métairie d’en-haut de Chevenet, ou encore le greffe du bailliage.

                                                               

C’est là un cas qui interroge, car il ne s’agissait pas de fiefs ou de propriétés ordinaires. Ces quatre sites avaient en commun un ancien statut monastique : St-Malo et Vielmannay, monastères primitifs devenus dès le haut moyen-âge de simples églises paroissiales ; Coche, l’une des trois abbayes fondées au début du XIIIème siècle par Hervé et Mahaut, réputée disparue au XVIème ; Cessy-les-Bois, une fondation très ancienne dédiée à Saint Baudile, devenue un prieuré relevant de Saint-Germain d’Auxerre, dont les guerres de religion avaient eu également raison.

Le temporel constitué de temps immémoriaux autour de ces petits établissements subsista jusqu’à la Révolution, car le régime féodal n’oubliait rien. Bien que n’abritant plus aucune vie religieuse – sauf Cessy – ils furent dotés de prieurs commendataires pour administrer ce patrimoine. Ils jouissaient des revenus et les cumulaient même, y ajoutant parfois le titre d’abbé de Bourras. Nous avons croisé quelques « bénéficiaires » de ce statut peu édifiant mais très profitable : Marafin, qui fut ensuite un capitaine huguenot redoutable, Richer et Carpentier de Marigny.

Cessy, Coche, Saint-Malo et Vielmannay auraient donc eu simultanément un prieur, parfois appelé « seigneur spirituel et temporel (sic !)» et un seigneur laïc en ces années 1650, chacun pourvu des biens correspondant. Pour faire bonne mesure, à Vielmannay (anciennement Mannay ou le Vieux-Mannay) on trouvait aussi le fief patrimonial des Lamoignon, détenu à cette même date par Gilbert II, sgr de Beaulieu, Mannay et Pernay.

Comment Bussy-Rabutin devint-il ce petit seigneur local ?

Il fut certes impliqué en Nivernais et Donziais par sa charge de « Lieutenant de roi » – c’est-à-dire commandant militaire – héritée de son père Léonor en 1645. Il y suppléait à l’absence du « Gouverneur », titre détenu alors par le duc Charles IV de Gonzague-Nevers lui-même, retourné à Mantoue. Bussy avait fait son entrée à Nevers le 18 février 1646, « accompagné de presque toute la noblesse du Nivernais » et exerça effectivement cette charge pendant une dizaine d’années, notamment pendant la Fronde. Notons qu’après avoir été tenté par l’aventure des princes, il servit loyalement le jeune Louis XIV, en particulier en Nivernais. Mais cela n’explique pas la possession de ces biens.

Fuyant la vindicte royale contre ses frasques, il serait venu se réfugier auprès de son oncle Guy de Rabutin, abbé commendataire du Val des Choux, la maison-mère cistercienne de l’Epeau, qui résidait au château de Cessy à cette époque sans qu’on puisse déterminer à quel titre. Tenait-il ces biens à Cessy et alentour de cet oncle ?

                                          

Bussy aurait également séjourné à Champlemy, une terre des sires de La Rivière qui était passée dans sa famille par mariage en 1610.

Mentionnant Cessy dans la liste des fiefs du duché, l’Inventaire l’Abbé de Marolles ne cite aucun acte le concernant, mais le décrit comme consistant en la « garde du prieuré de Cessy ». Cette fonction de protection d’un établissement religieux était traditionnellement exercée par un seigneur voisin, souvent de la famille du fondateur. Etait-elle associée à Champlemy ?

Bref, le mystère subsiste, et nous serions heureux de pouvoir l’éclaircir avec votre aide….

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Cessy, l’abbaye des bois

(Illustration : Cessy-les-Bois)

La petite abbaye bénédictine de Cessy, ensuite simple prieuré dédié à Saint Baudèle de Nîmes, dont il abritait des reliques, est un exemple précoce de communauté monastique rurale attestée dès la fin du VIè siècle. D’abord autonome, l’abbaye passe sous la dépendance de Saint Germain d’Auxerre à l’issue d’une donation effectuée dans le premier quart du VIIè siècle. Mais cette dépendance, qui ne paraît pas avoir été une soumission exclusive, laisse peu de trace dans la documentation jusqu’au IXè.

L’époque carolingienne confirme ces liens par l’abbatiat à Cessy du maître auxerrois Haymon, et ce malgré l’absence de l’abbaye dans les grandes chartes de confirmation.

Le sanctuaire de Saint Baudèle reste aussi très proche de la hiérarchie séculière auxerroise : les évêques s’attachent à y développer le culte, à élever le prieuré au rang de nécropole épiscopale ou à le relever de la ruine.

Les désordres politiques que connaissait Auxerre à la fin du IXè siècle, nés de la dislocation des pouvoirs carolingiens, constituèrent toutefois un frein à la mise en place de liens de dépendance étroits entre abbaye-mère et dépendance. Cessy resta d’ailleurs désigné dans les sources comme une abbaye ou un monastère, pratique que l’on trouve plus tard chez les clunisiens. Plus étonnant est le titre d’abbé toujours porté par les responsables de Cessy, peut-être par égard à l’ancienneté et au rang tenu autrefois par cette fondation.

Détruit pendant les guerres de religion comme bien d’autres, Cessy ne se releva jamais, et ses abbés commendataires ne furent plus que des seigneurs féodaux, jouissant des restes du temporel. Ils étaient simultanément titulaires de Coche (abbaye tôt disparue à Vielmanay, et dont les biens furent unis à ceux de Cessy) de Vielmanay, et parfois de Bourras, comme en attestent des actes des XVIIè et XVIIIè siècles.

Voyez en cliquant sur le lien ci-dessous une notice détaillée, en particulier sur les liens de Cessy avec l’abbaye Saint Germain d’Auxerre, grâce aux travaux de Noëlle Deflou Leca, et à la riche documentation du site internet local Cahiers du Val de Bargis :

Le prieuré de Cessy

D enluminé

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