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Duc de Donzy ?

Lu dans les Mémoires de Saint-Simon « M. de Donzi, hors d'espérance d'être duc, avait cherché à y suppléer par un mariage. Il le trouva dans la fille aînée de J.-B. Spinola, gouverneur d'Ath et lieutenant général des armées de Charles II, roi d'Espagne, qui en 1677 le fit faire prince de l'empire et le fit enfin grand d'Espagne, de la première classe pour un gros argent qu'il paya. Il n'eut point de fils, il n'eut que deux filles dont l'aînée eut sa grandesse après lui, et que Donzi épousa, et prit d'elle, en se mariant, le nom de prince de Vergagne. Il fallait craindre, à la vie qu'il menait, de se méprendre et de dire Vergogne… »

Qui pouvait bien être ce sulfureux M. de Donzi, alors que la lignée de ce nom s’était fondue dans celle de Nevers en 1199 ? C’est une longue histoire.

Comme nous l’indiquons dans les pages consacrées à l’histoire de la baronnie de Donzy, ce fief ne disparut que dans la nuit du 4 aout 1789. Certes, depuis le mariage d’Hervé IV et de Mahaut de Courtenay, Donzy n’était plus le titre principal de ses descendants. Mais Nivernais et Donziais subsistaient côte à côte comme des grands fiefs distincts.

Les comtes successifs de Nevers, bien qu’appartenant à des maisons princières (Bourbon, Bourgogne, Flandre, Clèves) conservèrent précieusement le titre de « baron de Donzy ». Il existait bel et bien, et marquait le contrôle d’un territoire connu de temps immémoriaux sous ce nom, entre Nevers et Auxerre. Au-delà des revenus qu’assurait cette baronnie, on puisait alors sa légitimité dans ces références anciennes, qui faisaient courir les plumes des notaires.

Le partage de la succession de Jean de Bourgogne (1415-1491), duc de Brabant et comte de Nevers – petit-fils de Philippe Le Hardi – avait même séparé Donzy de Nevers pendant quelques décennies au début du XVIème siècle, confirmant sa singularité préservée.

François Ier de Clèves (1516-1562) fut le premier duc de Nevers (1539). Ses succès militaires et la faveur royale lui avaient permis d’obtenir cette dignité et celle de Pair de France. Il obtint ensuite l’incorporation de Donzy à son duché-pairie (1549-1553), lorsque la baronnie lui revint. Il fut dès lors, et ses successeurs après lui « duc de Nevers et de Donzy ».

                                                         

Donzy entrait avec Nevers dans sa période "italienne". Son gendre et successeur, Louis de Gonzague, Pce de Mantoue (1539-1595) et les descendants de ce dernier, furent appelés « ducs de Nivernois et de Donziois ».

Charles II de Gonzague (1629-1665) vendit le duché au Cardinal Mazarin en 1659. Celui-ci en fit aussitôt (1660) don à son neveu Philippe Mancini (1641-1707), capitaine des Mousquetaires du Roi, qui fut Gouverneur et Lieutenant général du Nivernais pour le Roi, alors que le Parlement, trouvant sans doute cette intégration un peu rapide, refusait d’enregistrer son duché. Il était le frère de la belle Marie Mancini dont le jeune Louis XIV s'était épris. Il avait épousé une héritière nivernaise, Diane Damas de Thianges, nièce de Mme de Montespan.

                            

François Mancini-Mazarini (1676-1768) son fils, d’abord titré marquis de Donzy, suivant un usage du temps, fut Prince de Vergagne et du Saint-Empire, Grand d’Espagne de première classe, puis duc de Nevers et de Donzy quand il put enfin faire enregistrer par le Parlement de Paris le duché que lui avait légué son père (1720). C’est le fameux « M. de Donzi » de Saint-Simon.

Son fils Louis-Jules (1716-1798), dernier duc de Nivernais et de Donziais – dès 1730 par démission de son père – fut un personnage remarquable des règnes de Louis XV et de Louis XVI, qu’il servit comme ambassadeur à Rome, Berlin et Londres. Il était le gendre de Pontchartrain, ministre de Louis XIV. Ecrivain et poète, il fut aussi membre de l’Académie Française.

                                                                

Ainsi Donzy, revenu sur le devant de la scène des grands titres nobiliaires, terminait sa longue carrière féodale en beauté.

 

 

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Saint-Amand-en-Puisaye

(Illustration : figurine en grès de Carriès – Musée de St-Amand)

Saint-Amand, le plus important des châteaux de la Renaissance en Nivernais-Donziais, a été construit sur l’emplacement d’une forteresse féodale édifiée sur le tracé de l’ancienne voie romaine qui reliait Autun à Orléans. C’était une grande terre détenue par les barons de Toucy, et à leur suite les comtes de Bar, jusqu’au XVème siècle. 

En 1405 elle passe par mariage à Jean IV le Hutin d’Aumont, échanson du Roi, dont une descendante épouse en 1478, François de Rochechouart, premier chambellan de Louis d’Orléans puis de Louis XII, et sénéchal de Toulouse (voyez sur Racineshistoire la notice consacrée à cette grande famille). Son fils Antoine de Rochechouart, qui fait construire le château qu’on peut voir de nos jours, n’est pas moins illustre. Capitaine de 50 hommes d’armes des ordonnances du roi, il devient chambellan de François Ier, puis reprend la charge de Sénéchal de Toulouse et d’Albigeois. Il participe à la guerre d’Italie et, blessé à la bataille de Cérisoles en 1544, il meurt de ses blessures. 

Tombée en indivision, la seigneurie passe aux mains de Marie du Breuil, épouse de Claude de Bourdeilles – petit-neveu de Brantôme (Pierre de Bourdeilles) -, plus connu sous le nom de « Chevalier Matha ». Ayant pris parti pour la Fronde, il est invité à retourner dans ses terres et se retrouve voisin de la Grande Mademoiselle, exilée quant à elle à Saint-Fargeau.

Après avoir été acquise en 1659 par le cardinal Mazarin pour son petit-neveu Philippe-Jules Mancini – dont le père devait, deux ans plus tard, hériter du duché de Nivernois – la seigneurie est revendue en 1710.

Erigée en marquisat, elle est tenue en 1731 par Léonard Guyot, receveur général des aides et domaines du roi, secrétaire du roi. Son fils et successeur, Antoine Léonard Guyot, est grand bailli d’épée et gouverneur d’Auxerre en 1776, mais il émigre à Stuttgart au début de la Révolution. Le château serait devenu bien national si sa sœur, la « citoyenne Félicité Guyot-Dufraisse » n’eût établi qu’elle ne figurait pas sur la liste des émigrés. La terre de Saint-Amand ne changea finalement pas de famille : en 1793 était né à Stuttgart Charles François Guyot qui retrouva le titre de marquis sous la Restauration et le château de son père.

Après divers avatars, le château de Saint-Amand devint un haut-lieu du renouveau de la poterie de Puisaye, dont il est aujourd’hui le Musée.

Voyez ci-joint une notice plus détaillée, qui présente le château lui-même, et la succession des seigneurs de Saint-Amand :

Saint-Amand-en-Puisaye  (V3 améliorée du 22/12/21)

D enluminé

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