(Illustration : grès du Nivernais)
Dans nos pérégrinations donziaises nous avons rencontré la famille Lucquet à ses débuts, qui possédait le petit fief de Grange-Boeuf situé au bord du Nohain en amont de Donzy, aujourd’hui oublié.
Voyez la notice qui lui est consacrée dans la page « Notices familiales » du menu.
François Lucquet (v.1590-1650), notaire à Donzy, fils d’un « marchand tanneur » est le premier qui a laissé une trace. Il avait épousé une Grasset de Clamecy qui comptait parmi ses ancêtres maternels la famille de Piles, le nom d’un fief près de Couloutre. Roger de Piles (1635-1709), peintre, graveur, théoricien de l’art et diplomate au service de Louis XIV, en était le membre le plus connu.
Les Lucquet avaient rapidement acquis une certaine surface. Antoine Lucquet, fils de François, se maria en 1653 dans la chapelle du prieuré de Boutissaint avec Anne de La Rivière, fille du seigneur du lieu et de Boissenet à Treigny, au sud de la Puisaye. Il avait acquis la terre de Presle, détachée de Suilly et du Magny, que sa fille Marie apporta en dot à Henri de Bonnay, sgr de la Quenouille à Saincaize, d’une vieille lignée bourbonnaise dont cette alliance redora le blason. Leur arrière-petit-fils, Charles-François, marquis de Bonnay (1750-1825), fut député de la Nièvre aux Etats-Généraux et contribua à la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme. Il émigra après la mort du roi et fut ministre sous la Restauration.
La branche aînée issue d’Antoine s’implanta en Franche-Comté sous le nom de « Lucquet de Grangebeuve ». Les armes qu’elle adopta : « D’azur à la croix engrêlée d’or, alias d’argt » étaient celles des La Rivière bretons, sgrs de Boutissaint. Des généalogistes franc-comtois complaisants leur bâtirent plus tard une généalogie nobiliaire largement imaginaire.
La branche cadette, fondée par Jean Luquet (1618-1681), autre fils de François, suivit une voie à la fois plus prosaïque et plus originale.
D’abord connu comme « marchand tanneur » comme son grand-père – une activité artisanale et commerciale lucrative –, Jean est cité ensuite comme « fermier de la terre et seigneurie du Boissenet », celle-là même que détenait la belle-famille de son frère. Il serait l’introducteur de l’activité potière dans la famille, peut-être en raison de son mariage à Saint-Amand. Il se livra donc à cette production, sans doute plutôt comme « marchand » que comme fabricant lui-même, à Boissenet d’abord, puis à Dampierre-sous-Bouhy.
Son fils Jacques Luquet (1654-1704), marié lui aussi dans une famille de potiers de Saint-Amand, y fonda une faïencerie. Son petit-fils, un autre Jacques, lui aussi marié dans ce milieu, fut l’échelon le plus entreprenant de la famille. Il reprit et dirigea la poterie du Petit-Massé à Chougny, près de Tamnay-en-Bazois, qui se développa sous sa direction, portée par le succès de sa vaisselle utilitaire en grès destinée au grand public. On l’utilisait encore couramment dans le pays dans les années 50-60.
Moins célèbre que la poterie de Puisaye, la poterie du Bazois est digne d’intérêt. Au hameau du Petit Massé, cette activité existait depuis le début du XVIIème siècle. Jacques Luquet s’y installa entre 1705 et 1709 et prit en main la poterie. En 1732 sa fille, épousa Jean Gaubier de Saint-Amand, et le ménage partit s’y installer. Il fut la souche d’une grande dynastie de « potiers en terre » établis à Argenou, Saint-Verain et Arquian, jusqu’à l’époque contemporaine, comme l’indique l’ouvrage de référence de Marcel Poulet : « Poteries et potiers de Puisaye et du Val de Loire ».
La Poterie du Petit Massé poursuivit son activité avec François Luquet, fils de Jacques, puis sous d’autres responsables car les Luquet s’éloignèrent du pays et de cette activité. Le village s’étoffa, les artisans furent de plus en plus nombreux. La fabrique connut de multiples avatars, mais en 1932, Gaston Gaubier – un descendant de Jean – la reprit et la déplaça à Tamnay, au bord de la grand route, où elle connut un nouvel essor en se spécialisant dans les « grès flammés » du Morvan, tout en conservant des fabrications traditionnelles.
Assiettes en grès flammé de G. Gaubier
L’aventure potière des Luquet eux-même s’était achevée avec François, puisque son fils Jean devint Huissier audiencier à Nevers avant la Révolution. Son petit-fils Charles, né en 1777, devint magistrat et s’installa en Saône-et-Loire. Il prit le nom de « Luquet de Saint-Germain » – dont l’origine reste inconnue de nous – officialisé sous la Restauration.
De beaux itinéraires diversifiés, de Grange-Bœuf à Saint-Germain, pour ces donziais entreprenants.


