Un riche ecclésiastique !

Dans la famille Le Muet, demandez l’oncle Etienne, chanoine d’Auxerre !

Il était réputé le plus riche ecclésiastique de son temps, tout au moins à l’échelle du diocèse. Son exemple était à l’évidence un défi aux consciences en ces temps de remise en cause religieuse.

Etienne Le Muet, né vers 1520 et décédé le 6 novembre 1566, fils de Guillaume, sgr de Corbelin et d’Ardeau, capitaine de Varzy, et de Cécile Gouste, dame du Grand-Sauzay, fut orienté vers la carrière ecclésiastique, suivant l’usage du temps pour les cadets, après des études de Droit. Il y montra de grands talents et jouit sans doute de la faveur du prince.

Il fut Pénitencier du chapitre canonial. Cette fonction prestigieuse, établie par le quatrième concile du Latran en 1215 de façon obligatoire dans les chapitres cathédraux, correspondait à une mission de prédication et de confession, avec des pouvoirs particuliers d’absolution dans certains cas. Au fil du temps elle était devenue elle aussi un « bénéfice », assorti de revenus procurés par des biens fonciers. A Auxerre elle s’accompagnait de celui de la cure de Saint-Amand-en-Puisaye, où un vicaire officiait en lieu et place du chanoine-curé. Elle procurait également le revenu de vignobles à Cry, dans la vallée de l’Armançon, par exemple.

Il semble qu’Etienne en fut pourvu dès son plus jeune âge puisqu’il est cité en cette qualité en 1537  – la valeur n’attendait pas le nombre des années ! – et qu’il l’exerça jusqu’à la fin de ses jours. Il fut d’ailleurs inhumé dans la Chapelle du Pénitencier de la cathédrale Saint-Etienne.

Mais ce n’était pas assez pour ce fils d’une riche famille originaire de Varzy, cité épiscopale, et à ce titre proche des évêques, mais aussi des ducs de Nevers de la Maison de Clèves. Il fut pourvu de la charge de Prieur de Saint Robert dAndryes, antique monastère bénédictin relevant de la Chaise-Dieu. La décadence résultant de sa mise en commende l’avait transformé en simple bénéfice, dont le prieur versait aux religieux subsistants leur « portion congrue ». La belle maison du prieur subsiste à Andryes, dominant le village : Etienne dut y faire quelques séjours.

Il fut également curé de Sainte-Colombe, de Lignorelles et de Villy, en Chablisien, des paroisses où il dut se rendre une fois ou deux en grande pompe.

Dans le même temps, il ne dédaignait pas les biens fonciers laïcs, et fut seigneur, avec ses frères et sœurs, de Corbelin et de Sauzay, mais aussi à titre personnel de Vesvres à Rouy (58), qu’il aurait acquis des moines de Bourras, de Merry-Sec et d’Usselot en Forterre.

Il remania le château de Corbelin, où il demeurait plus souvent que dans sa maison du cloitre du chapitre à Auxerre, faisant construire en 1559 le magnifique logis Renaissance. Il y recevait l’évêque quand ce dernier séjournait à Varzy.

Cette carrière ecclésiastique était une entreprise familiale, puisque les richesses accumulées, d’autant plus importantes que l’impétrant avait mené – ou non – une existence sobre, revenaient inexorablement à des neveux et nièces.

C’est d’ailleurs la lecture de son testament, parvenu jusqu’à nous via des archives privées, qui renseigne sur l’étendue de ses biens fonciers et numéraires, puisqu’il les a soigneusement légués, un peu à l’Eglise et beaucoup à sa famille. Ainsi par exemple Charles Le Muet devint-il seigneur de Merry-sec, son frère François, de Vesvre-les-Varzy, et Guillaume Bérault, d’Usselot. Quant à Hélène, il « l’aida à se marier » avec 100 livres ; Cécile en eut 500. Pierre Bérault, autre neveu et son successeur comme chanoine d’Auxerre, eut « 500 livres et deux couppes d’argent et deux esguierres d’argent telles qu’il voudra, sa robbe doublée de velours, une autre de satin, une saye de velours… ».

Peu après sa mort, les huguenots – des voisins, des parents, des amis – déchainés contre la simonie et contre les excès d’une Eglise étouffée par ses richesses, firent subir de rudes violences à leurs bénéficiaires, à la cathédrale, aux églises, et aux monastères en Auxerrois et en Donziais. Etienne y avait échappé de peu. Il ne vit pas la prise d’Auxerre par les troupes de Coligny, et le pillage des trésors de la cathédrale et de l’abbaye (1567-1568), favorisé par l’absence de l’évêque, le Cardinal de la Bourdaisière, ambassadeur auprès du Saint-Siège.

Voyez ci-dessous la notice consacrée à sa famille.

Famille Le Muet

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