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Bruère, aux portes de Cosne

(Illustration : Cosne, gravure ancienne)

Un jeune internaute passionné par la région s’est étonné il y a quelque temps que le site des Bruyères, au sud de Cosne, commune de Saint-Martin-sur-Nohain, ne soit pas évoqué ici. Merci à lui !

Il se souvient avoir entendu ses grands-parents dire que les domaines en question avaient appartenu aux évêques d’Auxerre, ce qui lui paraissait bizarre.

C’est pourtant exact ! Rappelons que la vallée du Nohain et l’ensemble du Donziais appartenaient à ce diocèse avant la Révolution. A Cosne même, les successeurs du grand Saint Germain et d’Hugues de Chalon avaient leur palais épiscopal, parfaitement conservé au cœur de la ville, le château de Villechaud au sud, dont seule subsiste la chapelle Sainte-Brigitte, et de nombreux biens aux alentours. N’étaient-ils pas désignés dans certains actes comme « seigneurs de Cosne et de Villechaud » ?

S’agissant des Bruyères nous avions renoncé à publier nos maigres connaissances, mais il nous faut répondre, même tardivement, à cette demande.

Dans ce site connu autrefois sous le nom de Bruère, on peut voir aujourd’hui une belle propriété au milieu d’un vaste espace cultivé : les Grandes et les Petites Bruyères. Le petit château du XIXème a dû succéder à une maison plus ancienne. Il est devenu, après la Révolution la propriété de Louis Voille de Villarnou (1780-1825) – qui portait le nom d’un domaine situé dans l’ancienne paroisse de Bagneaux à Donzy, – voyez la notice concernant cette famille : Voille de Villarnou –. Son père, Jean-Baptiste Voille de Villarnou, avocat et magistrat, avait accueilli le dernier duc de Nevers à Donzy en 1769. Son cousin Jean Louis Voille était un portraitiste apprécié, notamment à la cour de Saint-Pétersbourg.

Dans son « Essai historique et archéologique » sur Cosne A. Faivre évoque le domaine des Bruyères dans ces termes : « En allant de Villechaud à St-Laurent, on laisse sur sa droite le hameau de Bruère qui ne présente plus aujourd’hui aucun vestige archéologique et où l’on remarque seulement une élégante maison de campagne enfouie sous les arbres. C’est cependant une localité fort ancienne : au XIIème siècle, c’était une grange en exploitation rurale que l’évêque d’Auxerre, Guillaume de Toucy (1167-1181), acheta à l’abbaye de Chalivoy, près Sancerre, moyennant 80 livres provinoises ».

L’abbé Lebeuf, dans son histoire du diocèse d’Auxerre, confirme que Guillaume de Toucy (56ème évêque) : « …acheta à Cône, des moines de Chalivoy, la métairie de La Bruyère, située proche Villechaud, et plusieurs autres biens. »

Qui était ce Guillaume de Toucy ? Comme son nom l’indique il appartenait à la grande famille baronniale de Toucy qui régnait sur la Puisaye et relevait, au même titre que Donzy et Saint-Verain, des évêques d’Auxerre. Son père, Ithier III était mort en Terre Sainte et sa mère était la fille du comte de Joigny. Son frère Narjot était le baron en titre, et son autre frère Hugues, Archevêque de Sens. Une famille puissante, établie dans cette baronnie vers l’an Mil par l’évêque Hugues de Chalon (cf. supra), un parent.

D’abord Archidiacre de Sens aux côtés de son frère, où il se fit remarquer par son soutien au pape contesté Alexandre III, puis Trésorier du chapitre d’Auxerre, Guillaume accéda à l’épiscopat en 1167. Il fut un prélat actif et prodigue, tant pour les monastères de son diocèse que pour sa cathédrale, dont il contribua beaucoup à l’embellissement. Il participa au Troisième Concile de Latran en 1179, et assista au sacre de Philippe-Auguste à Reims, la même année.

Il semble que la métairie de Bruère, qu’il avait acquis pour étendre les possessions du diocèse à Cosne, au voisinage de Villechaud, et se renforcer face aux comtes de Nevers, était assez vaste. Elle comprenait la propriété dite des Petites-Bruyères aujourd’hui, le domaine voisin des Grandes Bruyères, et le hameau des Etangs des Granges. On trouve un « Plan des Gâtines de Cosne » dans les archives du diocèse (AD 89, Diocèse d’Auxerre, Temporel, Domaines, G-1695-1 et 2), qui correspond à cet espace.

Bruère paraît avoir été conservé – et sans doute affermé – par le diocèse jusqu’à la Révolution, qui confisqua les « biens du clergé » et les fit vendre.

Louis Voille de Villarnou l’aurait racheté peu après. Il mourut « dans sa maison de campagne de Bruère », suivant les termes du registre d’Etat-Civil de Saint-Martin-sur-Nohain, après avoir été secrétaire à la Sous-Préfecture de Cosne, puis conseiller à la Cour de Bourges.

Nous serions bien sûr intéressés par toute information qui permettrait d’éclairer davantage l’histoire de ce site.

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Chatel-Censoir, une possession donziaise

(Illustration : la Cène, bas-relief du XVIème siècle – Eglise St-Potentien de Chatel-Censoir)

Chatel-Censoir, à l’entrée du Morvan sur le haut cours de l’Yonne, est aujourd’hui un bourg modeste, mais tout y respire une haute antiquité. Aux limites orientales du Donziais, elle relevait de l'ancien diocèse d’Autun – qui comprenait la région d'Avallon – mais appartenait aux évêques d’Auxerre, par un de ces mystères dont l'histoire féodale a le secret.

Ce castrum éduen a été une importante place gallo-romaine, comme l’ancienneté des fortifications à leurs bases et de nombreuses trouvailles archéologiques dans toute la région en attestent. Saint Pèlerin, le grand évêque d’Auxerre, en fut l’évangélisateur, mais c’est le martyr d’Entrains, Saint Potentien, deuxième évêque de Sens, qui a donné son nom à la Collégiale.

Il semble que la ville tienne son nom de Censure, évêque d’Auxerre au Vème siècle, – correspondant de Sidoine Appolinaire – dont la famille tenait une grande partie de la région, et qui en fit don à son diocèse à l’instar de son illustre prédécesseur le grand Saint Germain.

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La possession seigneuriale de Chatel-Censoir est à associer entièrement à celle de Donzy, depuis Warin de Vergy, comte de Mâcon et de Chalon au IXème siècle, ancêtre des barons de Semur et de Donzy. Cette communauté de destin donne à Chatel-Censoir un statut unique en Donziais. Sur le plan géographique, elle contribue à former la longue bande de la Loire à l’Yonne qu’a été cette baronnie. Chatel-Censoir en devint logiquement une « châtellenie » lorsqu'elle se structura.

La place a toutefois été disputée pendant plusieurs décennies aux barons par les comtes originels de Nevers, mais cette querelle s’est trouvée sans objet à la réunion de ces deux grands fiefs, par l’alliance de Mahaut de Courtenay avec Hervé de Donzy. Dès lors le destin de Chatel fut celui du Nivernais dans son ensemble.

Un château baronnial dominait la forteresse de Chatel-Censoir, et les barons, puis les comtes de Nevers y nommaient des « châtelains » pour les représenter.

                                                 Tour_d'enceinte_de_Châtel-Censoir

Deux lignées, peut-être réunies, ont marqué la cité aux XIème et XIIème siècles : les Wibert et les Ascelin, qui se sont taillés des fiefs importants dans la région (voir notice Merry), où ils s’implantèrent définitivement. Un Gymon de La Rivière, de la grande famille nivernaise de ce nom, conseiller de Geoffroy IV de Donzy, vint exercer cette fonction, ou encore Jean de Fretoy vers 1400.

La gentilhommière qui subsiste de nos jours en haut de la colline, est l’héritière des anciens châteaux forts dans ce site, dont des traces subistent (murs, tour…) mais dont on n’a pas d’image ancienne.

D enluminé

 

 

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