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Aubigny, sur ses souterrains de pierre

(L’Opéra Garnier, construit en pierre d’Aubigny)

Aubigny, aujourd’hui un hameau de la commune de Taingy (89), fut constitué en fief avec justice relevant de Druyes par la comtesse de Nevers en 1500 pour Regnault Mullot, un de ses serviteurs, à charge « d’y faire construire des maisons ».

Ajouté aux terres du Colombier, de Panardin, Villenaut, du Fey et de la Poëse, cela faisait de lui un riche seigneur dans les espaces boisés compris entre le Nohain et le Sauzay et au nord de Druyes. Ce fief paraît avoir été conservé jusqu’à la Révolution par une branche de cette même famille.

Il n’y a pas de trace castrale à Aubigny, connu par contre pour ses carrières souterraines de pierre qui ont permis bien des constructions dans la région et à Paris, via l’Yonne et la Seine, depuis les temps les plus reculés jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Voyez ci-dessous la notice présentant la succession des Mullot dans cette terre. Merci de vos remarques et suggestions !

Aubigny (Taingy

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Un riche ecclésiastique !

Dans la famille Le Muet, demandez l’oncle Etienne, chanoine d’Auxerre !

Il était réputé le plus riche ecclésiastique de son temps, tout au moins à l’échelle du diocèse. Son exemple était à l’évidence un défi aux consciences en ces temps de remise en cause religieuse.

Etienne Le Muet, né vers 1520 et décédé le 6 novembre 1566, fils de Guillaume, sgr de Corbelin et d’Ardeau, capitaine de Varzy, et de Cécile Gouste, dame du Grand-Sauzay, fut orienté vers la carrière ecclésiastique, suivant l’usage du temps pour les cadets, après des études de Droit. Il y montra de grands talents et jouit sans doute de la faveur du prince.

Il fut Pénitencier du chapitre canonial. Cette fonction prestigieuse, établie par le quatrième concile du Latran en 1215 de façon obligatoire dans les chapitres cathédraux, correspondait à une mission de prédication et de confession, avec des pouvoirs particuliers d’absolution dans certains cas. Au fil du temps elle était devenue elle aussi un « bénéfice », assorti de revenus procurés par des biens fonciers. A Auxerre elle s’accompagnait de celui de la cure de Saint-Amand-en-Puisaye, où un vicaire officiait en lieu et place du chanoine-curé. Elle procurait également le revenu de vignobles à Cry, dans la vallée de l’Armançon, par exemple.

Il semble qu’Etienne en fut pourvu dès son plus jeune âge puisqu’il est cité en cette qualité en 1537  – la valeur n’attendait pas le nombre des années ! – et qu’il l’exerça jusqu’à la fin de ses jours. Il fut d’ailleurs inhumé dans la Chapelle du Pénitencier de la cathédrale Saint-Etienne.

Mais ce n’était pas assez pour ce fils d’une riche famille originaire de Varzy, cité épiscopale, et à ce titre proche des évêques, mais aussi des ducs de Nevers de la Maison de Clèves. Il fut pourvu de la charge de Prieur de Saint Robert dAndryes, antique monastère bénédictin relevant de la Chaise-Dieu. La décadence résultant de sa mise en commende l’avait transformé en simple bénéfice, dont le prieur versait aux religieux subsistants leur « portion congrue ». La belle maison du prieur subsiste à Andryes, dominant le village : Etienne dut y faire quelques séjours.

Il fut également curé de Sainte-Colombe, de Lignorelles et de Villy, en Chablisien, des paroisses où il dut se rendre une fois ou deux en grande pompe.

Dans le même temps, il ne dédaignait pas les biens fonciers laïcs, et fut seigneur, avec ses frères et sœurs, de Corbelin et de Sauzay, mais aussi à titre personnel de Vesvres à Rouy (58), qu’il aurait acquis des moines de Bourras, de Merry-Sec et d’Usselot en Forterre.

Il remania le château de Corbelin, où il demeurait plus souvent que dans sa maison du cloitre du chapitre à Auxerre, faisant construire en 1559 le magnifique logis Renaissance. Il y recevait l’évêque quand ce dernier séjournait à Varzy.

Cette carrière ecclésiastique était une entreprise familiale, puisque les richesses accumulées, d’autant plus importantes que l’impétrant avait mené – ou non – une existence sobre, revenaient inexorablement à des neveux et nièces.

C’est d’ailleurs la lecture de son testament, parvenu jusqu’à nous via des archives privées, qui renseigne sur l’étendue de ses biens fonciers et numéraires, puisqu’il les a soigneusement légués, un peu à l’Eglise et beaucoup à sa famille. Ainsi par exemple Charles Le Muet devint-il seigneur de Merry-sec, son frère François, de Vesvre-les-Varzy, et Guillaume Bérault, d’Usselot. Quant à Hélène, il « l’aida à se marier » avec 100 livres ; Cécile en eut 500. Pierre Bérault, autre neveu et son successeur comme chanoine d’Auxerre, eut « 500 livres et deux couppes d’argent et deux esguierres d’argent telles qu’il voudra, sa robbe doublée de velours, une autre de satin, une saye de velours… ».

Peu après sa mort, les huguenots – des voisins, des parents, des amis – déchainés contre la simonie et contre les excès d’une Eglise étouffée par ses richesses, firent subir de rudes violences à leurs bénéficiaires, à la cathédrale, aux églises, et aux monastères en Auxerrois et en Donziais. Etienne y avait échappé de peu. Il ne vit pas la prise d’Auxerre par les troupes de Coligny, et le pillage des trésors de la cathédrale et de l’abbaye (1567-1568), favorisé par l’absence de l’évêque, le Cardinal de la Bourdaisière, ambassadeur auprès du Saint-Siège.

Voyez ci-dessous la notice consacrée à sa famille.

Famille Le Muet

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Le Fey et la Poëse, à Billy et Etais

(Illustration : armes de Mullot)

Le Fey et la Poëse, à cheval sur Billy (58) et Etais (89), étaient des terres tenues à cens et rentes par Regnault Mullot, érigées en fiefs pour lui par Françoise d’Albert, baronne de Donzy, en 1526.

Aucun de ces deux fiefs, dont la constitution est assez récente, n’est cité pour des hommages ou dénombrements dans l’Inventaire des Titres de Nevers de l’Abbé de Marolles.

Au Fey, grand domaine agricole, une maison de maître (XVIIIème ?), atteste de l’ancien statut.

Ces terres se sont transmises de génération en génération chez les descendants de Regnault, jusqu’à la Révolution.

Voyez ci-dessous une notice résumant la succession des seigneurs :

Le Fey et La Poëse (Billy-Etais)

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Retour à Man-nay

(Illustration : blason des Lamoignon)

Vielmanay n’est pas seulement un charmant village, c’est aussi un site religieux de fondation ancienne, entouré de plusieurs autres, marquants du Donziais. Il nous faut y revenir pour quelques explications en réponse à des questions.

Le lieu, traversé par un affluent de l’Asvins, tirait sans doute son nom d’un riche gallo-romain qui y avait une villa. On l’appela Mannayum, puis Mannay – nom resté longtemps dans la mémoire locale et prononcé Man-nay – ou encore Mannay-le-Vieil, le Vieux-Mannay, et enfin Vielmanay, nom donné à la commune.

Il y avait là aux premiers siècles du christianisme un monastère mentionné par Saint Aunaire (Aunacharius), évêque d’Auxerre, dans son Règlement (578) : Mannacense monasterium. Il figure sur une belle « Carte du diocèse d’Auxerre où sont marqués seulement les Abbayes qui y subsistaient avec les 37 paroisses qui le composaient sous l’épiscopat d’Aunaire en 580… » de 1741.

                                                 

A l’image de Saint Germain qu’il vénérait, Saint Aunaire, qui appartenait lui aussi à l’aristocratie gallo-romaine, avait légué cette terre avec bien d’autres dans la contrée à son église.

Ce monastère devait être fragile puisqu’il il n’était plus mentionné un siècle plus tard dans le Règlement de Saint Trétice. L’église devint une simple parocchia, placée au XIème siècle dans la dépendance du grand prieuré clunisien de La Charité.

Il ne reste rien du monastère d’origine : l’église actuelle (XVème-XVIème) aurait été construite à la place d’un édifice roman et seuls de vieux murs arasés témoignent d’un établissement ancien indéterminé.

Curieusement, on citait encore aux XVIIème et XVIIIème siècles des « prieurs spirituels et temporels » ou simplement « temporels » de Cessy, Coche, Saint-Malo et Vielmanay réunis, ces trois derniers depuis longtemps anéantis. Ils s’intitulaient parfois « seigneurs » et étaient des laïcs. Sous l’effet de la commende le temporel prenait le pas sur le spirituel…

Les ouvrages très documentés de Chantal Arnaud sur « Les églises de l’ancien diocèse d’Auxerre » (Société des Sciences historiques et naturelles de l’Yonne, Auxerre, 2009) et de Noëlle Deflou-Leca « Saint-Germain d’Auxerre et ses dépendances, Vème-XIIIème siècle » (Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2010), éclairent l’histoire de l’église Saint Pierre de  Vielmanay et son contexte.

Voyez aussi les indications très riches sur l’histoire du village et les belles illustrations fournies par le site « Cahiers du Val-de-Bargis ».

Nous avons déjà exploré les principaux sites historiques de Vielmanay : la Chartreuse de Bellary en lisière de la grande forêt ; l’abbaye fantôme de Coche, très tôt disparue ; et le château de Vieux-Moulin, caché au fond de son vallon, point de départ d’expéditions guerrières de chefs huguenots à la fin du XVIème siècle.

Nous avons évoqué les moulins et forges qui jalonnaient le cours de l’Asvins : la Ronce, les Pivotins et Vieux-Moulin, ainsi que les infatigables Lespinasse, maîtres de la plupart des forges de la région au XVIIème siècle.

Mais nous n’avions traité qu’indirectement de la seigneurie de Mannay ou Vielmanay elle-même, en présentant la généalogie des fameux Lamoignon, établis depuis le XIIIème siècle dans cette vallée, à Chasnay, Nannay et Mannay, et à Donzy. Il y aurait à Vielmanay des restes d’un château du XIIIème siècle.

La notice ci-dessous répare cette omission. Elle rappelle que le fief de Vielmanay – mouvant géographiquement de Châteauneuf – relevait féodalement en partie de l’abbaye de Saint-Germain d’Auxerre (cf. supra). Cela explique peut-être pourquoi aucun acte de foi et hommage le concernant ne figure dans l’Inventaire des Titres de Nevers de l’Abbé de Marolles.

Elle complète la succession des seigneurs, puisque Vielmanay passa dans d’autres mains que celles des Lamoignon au XVIIème siècle : Maumigny, Bar, Monnot, dans des conditions qui restent  d’ailleurs assez confuses.

Vielmanay (V. corr. du 16 oct 2019)

Des questions restent posées, qu’il faudra approfondir, avec votre aide bien sûr.

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Bonne rentrée !

Après le ralentissement estival, l’activité peut reprendre sur notre site !

Nous vous signalons qu’au cours des deux derniers mois la page consacrée aux familles seigneuriales de l’ancien donziais s’est enrichie de plusieurs notices et aujourd’hui même de celle consacrée aux Le Muet, riches bourgeois engagés au service des comtes et ducs de Nevers. Une branche originaire de Chateauneuf-Val-de-Bargis tint Nanvignes (Menou), et une autre, originaire de Varzy et beaucoup plus développée, tint notamment Corbelin.

Plusieurs sous-branches s’implantèrent aussi en Auxerrois, confirmant la grande proximité historique entre Donzy et ce siège épiscopal.

Etienne Le Muet (v. 1520-1566), Chanoine d’Auxerre et Pénitencier du Chapitre, Prieur de Saint Robert d’Andrye, curé de Saint-Amand, Sainte-Colombe, Lignoreilles et Villy ;  seigneur de Corbelin, Sauzay, Vesvres, Merry-Sec, Usselot et autres lieux….était considéré comme le plus riche ecclésiastique de son temps dans la région…. à défaut sans doute d’être le plus saint !

Bonnes découvertes !

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